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L'ÉDITORIAL

Le natel, le loup
et notre désarroi


Le visage en sang, l'oeil tuméfié, Ce qui reste de regard glisse
vers l'objet qu'il a dans la main. Cela pourrait être une toile: le
jeune homme au natel, Madrid 2004. La photo a fait la une des
journaux. Bouleversante d'horreur et de banalité. Qui appelle-t
on quand on a échappé à la mort? A qui répond-on? Vers qui va
le premier sms, pour dire quoi?
Nous nous sommes tous vus là. Nous aurions pu l'être. Les
bombes sont ici et l'angoisse de l'Europe est totale. Le quotidien
acquiert un double sens. Les valises et les camionnettes peuvent
être piégées, les trains mortels, les téléphones portables à la fois
signes de vie et retardateurs de détonateurs de bombe. On ne
sait plus, et on a peur.
Alors on invente des règles. L'Italie choisit de protéger les
villes à forte minorité espagnole, la Grande-Bretagne promène,
dans les trains et les métros, des appareils capables de détecter
les armes «chimiques, nucléaires ou biologiques», la France
vigipirate rouge et orange devant les menaces du groupe AZF,
inquiète que «gros loup ait repris contact avec Suzy».
Le grand méchant loup, d'ailleurs, on l'a trouvé. Du moins, on
le prétend. Cerner un coupable maléfique rassure un peu. Les
pistes islamistes se multiplient, même sans preuve crédible: une
cassette vidéo, une bande audio, un verset du Coran. A ce
rythme-là, s'il s'agit de fouiller les poubelles et les
bibliothèques, nous pouvons tous êtres soupçonnés, un jour, de
fomenter un sale coup au nom d'Allah.
Au désarroi policier répond celui de la politique, paniquée
devant les violences qui vont monter entre communautés
ethniques. Les gouvernements européens osent, désormais, les
mensonges d'Etat, la restriction des libertés individuelles, le
muselage de la presse. Intolérable. Il est illusoire de penser que
le terrorisme puisse être vaincu par la restriction des droits.
Quelle que soit notre peur, ce n'est pas ça que nous voulons. La
vraie fin du monde serait celle de la démocratie.

Ariane Dayer