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L'ÉDITORIAL

Platanes de tous
les pays, debout!

ARIANE DAYER


Il n'y a rien de plus con qu'un platane. Sauf celui qui le
coupe. Genève en fait la démonstration rue du Mail, rasant
19 arbres sous les huées des autochtones, la levée de
comités de soutien et la risée des médias. Cette fois, les
«platanes» de la discorde sont des marronniers, mais quand
on aspire à sauver la planète, on ne s'arrête pas aux détails.
Pour calmer la populace, la ville jure de planter des tilleuls.
Quelques mois plus tôt, ailleurs, elle s'ét ait engagée à ne
rien tronçonner, à éloigner temporairement les arbres pour
les faire revenir. Las, la nature ne l'entendait pas de cette
oreille: sur 31 platanes, 21 ont crevé.
Partout dans nos villes, les platanes entrent en rébellion.
Quand ils tiennent, nous sommes des héros. Lorsqu'ils
tombent, nous devenons nouveaux citoyens, écoguerriers,
accrobranchés. Les derniers aventuriers de la jungle
urbaine. Aux murs des chantiers s'ins crivent les credos du
troisième millénaire, des restants de foi verte, de peur du
lendemain, de quête du sens. Médor tague, au milieu, à la
bombe garantie CFC: «Et moi, je vais pisser où?»
Souvenirs de pattes d'éph'. Lorsqu'il s'agissait de dénoncer
les «parkings d'honneur posthume» et de chanter «comme
un arbre dans la viiilleuh». On n'a rien inventé. Juste
rajouté une angoisse, le rapport au temps. L'arbre,
aujourd'hui, c'est le temps. Trois branches rabougries
rappellent qu'il y a un passé, un jet de feuilles vertes nous
campe dans le présent et promet l'avenir. Prêts à nous
ruiner en oliviers centenaires, à louer des camions pour
transporter des saules adultes, nous ne croyons plus qu'un
arbre puisse pousser. Pas le temps.
Platanes de tous les pays, unissezvous! Campez la
résistance que nous n'oserons jamais. Couvrez de vos
rameaux nos incohérences. Pendant ce temps, nous
entonnons les nouveaux refrains écolos, assurant
gravement que, vu l'état du monde, on ne «va pas mourir
de rire». N'empêche, en attendant, on aura bien rigolé.