LA
LETTRE D'AMOUR
Pierre Chiffelle, mon étoile
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Autant le dire d’entrée, j’ai
aimé ton «Twist for Vugelles-la-
Mothe», j’ai adoré ton «Honky Tonk BCV»,
j’entonne avec
bonheur ton «Faréas Blues» et je me réjouis
de fredonner ton
«Love me Mermoud» dont tout le monde parle déjà.
Du reste,
on dit que le vice-choriste du PSS, ce Pierre-Yves Maillard qui te
soutient en c-moll, y est excellent et qu’à vous deux,
vous
feriez presque de l’ombre à Ted Robert et ses Robertes.
Cela ne
m’étonne guère. Tu es, Pierre, à l’art
de gouverner ce que Janet
Jackson est aux ligues de vertu: un saint que l’on ne saurait
voir.
Parce qu’en fait, qu’est-ce
qu’ils te reprochent, hmm? D’être la
vivante représentation de la «Star académisation»
de la
politique suisse. Ils ont tort. Tu as choisi de briguer un siège
au
gouvernement parce que tu en avais «envie» disais-tu et
tu
avais raison. Aujourd’hui, envie vaut motif, passion vaut raison,
et si chacun peut être star de la chanson, n’importe qui
peut
bien gouverner. Il y a Nolwenn, Elodie, Patrice Mugny et toi,
tous désignés par le public.
Le public? Laisse braire tous ces ringards
qui préfèrent parler
de citoyens et de démocratie; c’est bel et bien de spectacle
qu’il s’agit et d’un public. Il faut le flatter,
l’enjôler, le mignoter
un peu, parce qu’il est roi, ce public. Dès lors qu’il
a payé son
billet et ses impôts, il en veut pour son argent. Et le spectacle,
hein, ce n’est pas Michel Hoffmann, l’obscur, le ténébreux,
le
travailleur discret qui le fera. Trop sérieux, ce garçon,
pas assez
bateleur, triste jusqu’aux sourcils à force de s’occuper
d’asile.
Non! Quand on est l’élu pétillant
que tu es, le Spumante du
Gros-de-Vaud, le mousseux du Pays d’Enhaut, charrette, il faut
ajouter des paillettes, du strass, de la vista au triste costume
trois-pièces du magistrat.
Et cela, Pierre, tu le fais si bien, avec
tant d’entregent, qu’on te
pardonne de ne jamais décider, de ne pas travailler, de
méconnaître tes dossiers, d’engager ton camarade
ancien
syndic révoqué d’Yverdon et, à tes instants
de désoeuvrement,
de tirer en sus sur le pianiste.
Voilà. Voilà ce que j’appelle
du spectacle.
Alors laisse les gloser, Pierre, les pisse-froids
de la critique: tu
seras évidemment réélu. The show must
go on.