<>><<VÉCU>><<POÉSIE>><<SATIRE>><<VÉCU>><<POÉSIE>><<SATIRE>><<<
>>><><<POÉSIE>><<SATIRE>><<VÉCU>><<POÉSIE>><<SATIRE>><<VÉCU>><

PAGE 2-->

À LA COUR

Dialogue pour une revenante

Grantarin se souvient avec nostalgie de l'époque où il se disputait avec
Mama-Gauche, qui l'avait précédé au Ministère des Mal-Portants.

TEXTE: NICOLAS GRANDJEAN

Grantarin, regardant une broche en forme de soleil
Hélas! pauvre Mama! Je t'avais bien connue.
Tu étais un ministre à l'humour méconnu.
Aucune fantaisie, une verve introuvable:
Je t'ai eu sur le dos mille fois, véritable
Calvaire. A présent, chose horrible à penser,
Tu n'es plus au Conseil pour mieux me quereller.
Où sont donc tes slogans et tes airs redoutables
Qui jamais n'ont fait rire à l'entour de la table?
Je suis seul. Où sont tes sarcasmes…


Mama-Gauche, entrant dans la salle, vêtue en Alpetia armée
Je suis là!
Oui, j'incarne l'esprit de ces époques-là
Où nous palabrions, quand sans raison aucune
Que le devoir d'ennui nous nous cherchions rancune.
J'ai erré, Grantarin; car de jour et de nuit
J'ai jeûné dans l'enfer du silence.


Grantarin, à la fois effrayé et ravi
Oui, depuis
Quinze mois – c'est bien long! –, je n'avais plus personne
Qui me turlupinât, qui sans cesse ramone
Ma conscience et ma foi dans l'ordre libéral.
Quoi, quoi, quoi: vous venez m'embêter…


Mama-Gauche
C'est vital!
Mon petit doigt m'a dit que, pour purger les crimes
Sociaux ici commis, il fallait que j'imprime
Un tour nouveau à la tradition.

SUITE PAGE 2...