LA
LETTRE D'AMOUR
Léonard contre Badinguet
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Léonard Bender, mon sire, mon preux, mon héros, te voilà sous
les projecteurs et c’est bien la place qui te convenait. Sous le
soleil exactement, bien visible, très en valeur; devant en
somme, tout devant. Un peu comme le curé devant ses ouailles
aux cortèges d’enterrement. Mais là s’arrête déjà la
comparaison, parce que les images de curés, ce n’est pas
vraiment ton credo. Et surtout, évidemment, parce que
personne ne pourrait parvenir à enterrer le Parti radical valaisan
que tu présides.
Sauf, hélas, peut-être, Claude Roch, le très incolore
représentant du parti au Conseil d’Etat.
Hormis cette épine là, tu peux dormir tranquille: personne ne
menacera ton succès partisan. Ni le conseiller Blocher, ni sa
fédérale police, ni son clownesque bailli valaisan Oscar
Freysinger, ni même l’un peu fat Filliez, leur héraut sautillant. Ils
aboient et tu passes.
Je sais, ta verve, ils la qualifient de vantardise? Comme si le
sens du raccourci et les mots qui font mouche devaient être
réservés aux nasillards UDC! Bien sûr, ta confiance en toi, ils
l’appellent de la suffisance? Comme si seuls les héritiers de
Poujade pouvaient bomber le torse à la façon des vaniteux
tribuns. Evidemment, ta combativité, ils en font de l’agressivité?
Comme si la virulence n’était réservée qu’aux faux prophètes
d’Albisguetli.
Au reste, serait-ce même vrai qu’on te préférerait toujours
vantard, agressif et suffisant que timide, inoffensif et modeste.
Hommage donc à tes qualités. Un hommage d’autant plus
appuyé qu’à l’interne aussi, au sein même de ton parti, tu
combats utilement tant d’inutiles baudruches et d’autres outres.
Charles Favre par exemple, qui chaque semaine dément une
nouvelle et assez crédible accusation d’incompétence et qui
brigue pour le prouver la vice-présidence des radicaux suisses,
pourrait - dit-on – te trouver sur sa route. Fasse le ciel que ce
soit vrai et qu’à ce patelin Badinguet vaudois tu closes enfin
l’inconsistant caquet et le traînant verbiage.
Mes voeux t’accompagnent Léonard. Je t’aime.