LE PORTRAIT
Où l'on apprend que les autorités
n'ont jamais donné signe de vie
De ce drame-là, le Département fédéral des affaires étrangères
ignore tout. Et pour cause. Sauf un représentant du DFAE à
l'aérodrome militaire de Payerne le jour du rapatriement de
Pascale en octobre 2002, la famille n'a jamais eu de nouvelles. Ni
de la Confédération ni de l'Etat de Vaud. Rien, pas une ligne, pas
un téléphone, pas un mot. Et c'est cela que veut dénoncer
aujourd'hui la jeune femme, pour cela qu'elle accepte de parler.
«Le monsieur qui était à Payerne m'a juste donné les
coordonnées de la Lavi (aide aux victimes d'infractions) et depuis
on n'a plus eu affaire avec eux. C'est affolant!», lance Muriel
Junaedy. La cousine de Pascale a bien reçu un mail en octobre
2003 mais c'était pour l'informer qu'une cérémonie
commémorative aurait lieu à Bali («J'ai confirmé ma présence et
ils m'ont répondu que tout était aux frais de la famille si on
voulait s'y rendre»). Pascale Tissot, elle, n'a jamais reçu le
moindre signe et ne le comprend pas: «A la limite si on était des
centaines de personnes…». Mais non, sur les cinq victimes
suisses, seules deux femmes ont survécu: Pascale et une jeune
Fribourgeoise, «brûlée à 15%».
Alors, à la demande de son avocate qui réclamait 100 000 francs
par victime, c'est Pascale qui, emballée jusqu'aux doigts de pied
dans sa combinaison protectrice, a fait l'effort de se déplacer
avec sa mère à Berne. «Au bout de trois heures, je leur ai
demandé si j'allais être indemnisée. "Ah non, c'est pas nous,
c'est pas fédéral, c'est cantonal!"» Au canton? «Il n'y a rien eu,
non. Il n'y a pas d'autorités politiques qui se sont intéressées à
moi. Rien, rien, personne.»
Où l'on apprend que Pascale va devoir
rembourser l'argent versé
Pire encore. Non seulement la victime n'a reçu aucune
indemnisation des autorités suisses, mais en plus elle va devoir
encore rembourser les quelques sous reçus quand elle était
encore au CHUV. «A partir de la fin 2002, le service social m'a
versé 250 francs par mois plus l'assurance maladie de base.»
Muriel Junaedy: «On lui a dit que c'était un cas parce que c'était
la seule en Suisse à être victime d'un attentat, ce qui est faux.
Quant aux complémentaires: "Vous n'avez qu'à les annuler!",
nous a-t-on dit». Pascale va aussi devoir rendre les quelque 700
puis 1900 francs mensuels reçus entre avril et octobre 2003.
«Oui, je vais devoir les rembourser.» Tout? «Tout ce qu'ils m'ont
versé oui, y compris l'assurance maladie.»
Ces 15 000 francs, Pascale ne les a pas. En partie à la charge de
sa famille, la jeune femme souhaiterait pouvoir travailler, pour le
«moral» et «pour avoir un petit peu d'argent». Seulement, ne
serait-ce qu'en raison des soins auxquels elle est toujours
astreinte et le risque de voir ses plaies se rouvrir, elle ne peut
s'engager à 100%. Et puis, si elle le faisait, elle n'aurait plus droit
aux 2060 francs du RMR (revenu minimum de réinsertion) versés
depuis octobre 2003 et avec lesquels elle tente de vivre au
mieux. Alors, pour l'aider à rembourser une partie de cet argent,
des amis de ses parents ont décidé d'organiser un souper de
soutien le 1er mai à Gland. «Il y aura 140 personnes, c'est plein!»
Un élan qui «touche beaucoup» Pascale même si la jeune
femme, pudique, sait bien qu'elle ne va «pas être très à l'aise ce
jour-là».
Une mobilisation qui met au jour la démission des autorités.
Muriel Junaedy: «Je pensais qu'il existait une aide pour les
victimes d'attentats. Pas des millions de francs, mais de quoi leur
permettre de vivre indépendant sans avoir à quémander. Jusqu'à
aujourd'hui, je n'ai rien trouvé. Il faudrait une structure, un
"Monsieur Attentat" qu'on puisse contacter et qui nous dise:
"Voilà, il faut faire ça, il faut aller là." Quand on entend que
l'Espagne, après Madrid, a débloqué 1.4 million d'euros; qu'en
France, l'association SOS Attentats a un fond de garantie
subventionné par l'Etat… Mais ici, il n'y a rien, rien, rien.» «C'est
vrai, coupe Pascale, ils se renvoient tous la balle, personne ne
sait où s'adresser…»
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