CE QUE JEAN DIT
Ces Zaméricains sont des salopiauds
TEXTE: DENIS MAILLEFER
Nom de bleu c'est quand même pas Dieu possible, cette histoire,
murmure JEAN que l'on a connu plus tonitruant. Peut-être bien
que les photos sont truquées on sait jamais, ils te font de ces
combines avec leurs ordinateurs maintenant, mais peut-être pas,
peut-être même que ces photos eh ben c'est même les plus
présentables et que les pires sont bien pires. JEAN a pour une fois
le volume bas, mais comme toujours la colère reste en altitude.
Même si ces types sont sans doute pas tout blancs, passque y a
pas de fumée sans feu je le répète au passage, c'est pas une
raison pour leur faire des trucs aussi moches. Moi, je suis pas le
gars tellement promusulman, ni proterroriste bien entendu, ni
proarabe et tous ces pays par là-bas, dit JEAN en indiquant
vaguement le sud, au-delà des Dents-du-Midi même si on ne peut
les distinguer (ce printemps est pourri, a lâché JEAN avant de
s'attaquer au sujet irakien), mais, malgré tout ce que je viens de
dire en préambule, redit JEAN, eh ben c'est quand même des
êtres humains et on doit pas les traiter comme des bestioles. Ces
Zaméricains sont rien que des salopiauds et des dégueulasses. Et
pis quand je vois qu'il y a une femme en première ligne
(JEAN a fait son école de recrue et il use parfois malgré lui de
mots un peumilitaires), eh ben c'est simple j'ai l'impression que
je vais perdre un câble passque c'est pour moi le sommet de la
cochonnerie. Que les gaillards aient la fibre un peu guerrière,
c'est normal, c'est quasi générique, poursuit JEAN qui oublie de
s'en resservir un, mais les femmes c'est pas dans leur nature,
elles sont parfois un peu gerces entre elles surtout celles qui sont
jalouses par exemple comme ma femme, mais de là à commettre
des zexactions pires que dans tes plus mauvais rêves alors ça
j'aurais jamais pu penser. La guerre c'est déjà pas rigolo quand
ça va bien, alors faut pas ajouter de l'huile sur le feu sinon y a de
l'eau dans le gaz à coup sûr. Et pis quand tu viens pour sauver
une nation d'un tyran, passqu'il faut quand
même pas oublier que le Saddam il était pas tout rose non plus,
eh ben c'est pas pour se comporter plus mal que le pire des
gorets. Il y a peut-être des impératifs stratégiques et militaires
que l'on ignore mais ça justifie pas ces zumiliations, assène JEAN,
on peut se contenter de quelques gifles bien senties, ça a jamais
tué personne et des fois c'est radical tout autant. JEAN se tait,
écoeuré.