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L'ÉDITORIAL

Bravo Metzler

ARIANE DAYER


On eût préféré qu'elle tricotât. Un improbable pull,
enfermée dans sa cuisine, défaisant la nuit ce qu'elle créait
le jour, afin de retarder le moment où une entreprise de
moyenne importance lui donnerait un poste de cadre
moyen pour un destin en demi-teinte. Raté. Ruth Metzler
ne tricote pas, elle vit.
L'autre jour, elle s'est accordé le plaisir d'assister au débat
sur l'asile, à Berne. Affolement dans les rangs, c'était à qui
oserait le mieux ne pas la saluer, ne pas la remarquer. Quoi
donc? Celle qu'on veut oublier ose se montrer? Ah ça, mais
où est donc passée sa «dignité», son «devoir de réserve»?
L'ancienne conseillère fédérale croit-elle qu'on puisse la
regretter après une telle «provocation»? Les partis en
bafouillaient, les médias en frémissaient, le PDC en
pleurait.
Eh oui, Ruth Metzler est vivante, elle n'a pas l'intention de
s'enterrer sous une moquette Pfister. De gémir en
trempant de larmes son pyjama en pilou. Elle a quarante
ans, toutes ses dents, passablement d'énergie, l'envie de
dévorer la vie.
La mauvaise conscience collective de son éjection ne suffit
pas à expliquer l'opprobre déclenché aujourd'hui. Ruth
Metzler ne dérange pas seulement parce qu'elle nous
rappelle un mauvais coup politique, mais aussi parce
qu'elle prouve qu'il y a une vie après le Conseil fédéral.
Que, si le rajeunissement avait enfin lieu, on n'en sortirait
plus forcément pour aller sucrer les fraises dans des
conseils d'administration pépères. Pour fumer la pipe.
En Suisse, on aime que les gens qui perdent, perdent.
Qu'ils s'enterrent sous un tas de cendres d'où ils ne
ressortiront jamais. Le droit de se refaire, de varier son
destin, est exclu. Il était temps que quelqu'un échoue en
restant debout, cinglant et drôle. Ruth Metzler refuse d'être
plongée dans le formol, et curieusement ce sont les autres
qui sentent la naphtaline.