L'HIPPOCONDRIAQUE
Noeud de langues
Une affaire à se ficher un tour de rein: parce que les Suisses
sont trop gros, on leur demande, on ME demande de porter
mon partenaire pour maigrir. Semblerait que si je le soulève
pendant dix minutes, je perdrai 125 calories. J'ai d'abord
pensé que l'idée avait germé dans le cerveau malade de
Franco Knie ou de Monsieur Perez, mari de Stéphanie de
Monaco-Perez, mais non, c'est bien l'Office de la santé
publique qui a inventé cette proposition. Tout ce qui pourra
m'éviter un IMC (pas une maladie mentale, un indice de
masse corporel) trop élevé, je vote pour parce que ça
m'évite du diabète, des fractures des chevilles, des
palpitations cardiaques et la certitude de crever
d'hypercholestérolémie. Mais, premier handicap pour
soulever un partenaire, il faut en avoir un, chose qui, dans
mon cas, n'est pas encore à l'ordre du jour vu mon état
psychique actuel (EPA) insiste ma psy. Mais bref. J'ai décidé
de passer par-dessus ce détail (25 calories de grillées par
cet effort) et d'aller plus avant. J'ai donc appris qu'en
embrassant à pleine bouche ledit partenaire, pendant dix
minutes, je grillerai 85 calories. Si je calcule bien, si je
l'embrasse dix fois plus longtemps, soit une heure quarante
sans m'arrêter, je brûlerai 850 calories, soit l'équivalent
d'une sole-épinard. Et si je pousse l'effort à trois heures
vingt, ça me fait le baiser à 1700 calories – un coq au vintagliatelles
ou un osso buco en sauce. Tentant. Sauf que
l'OFS n'offre aucune solution pour retaper mon muscle
lingual. Ni pour démêler ma langue aujourd'hui certes
solitaire – mais au moins autonome – de celle de mon
partenaire.
Béatrice Schaad