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BRIBES D'AUDIENCE

«Ils m'ont râpé la tête contre le crépi»

A la barre d'un tribunal romand, un homme se défend de violence
contre l'autorité.

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

Présidente:
Monsieur, vous contestez avoir vociféré à l'encontre de la police,
refusé de vous identifier et d'avoir poussé les policiers.
Monsieur X:
D'abord, je tiens à dire que je n'ai pas poussé la police.
Présidente:
Alors que s'est-il passé?
Monsieur X:
J'ai rejoint ma femme un dimanche matin chez une amie qui l'avait
appelée car elle avait besoin d'aide. Elle a dit que son ami avait pété
les plombs et qu'il avait un couteau à la main. Elle avait peur et
comme il y a une petite fille de 3 ans, elle nous a demandé de venir.
On est arrivés dans l'allée et là, deux agents de police nous ont dit
qu'on ne pouvait pas monter. On leur a dit qu'on avait reçu un appel
d'aide de notre amie et qu'on voulait savoir ce qui s'était passé. Ils
ont voulu nous faire peur en disant que c'était très grave. Alors ma
femme a insisté pour pouvoir monter, au moins pour prendre soin de
la petite fille. Ils ont refusé et sont devenus agressifs, ils étaient très
nerveux. Comme il y avait de la tension, ma femme a proposé qu'on
se mette dehors, à l'écart, pour discuter calmement. L'agent lui a dit:
«Toi, la ferme!» Je lui ai répondu: «On ne parle pas comme ça à ma
femme!» Il m'a répondu, excusez-moi du terme, «toi tu commences à
me faire chier, je vais finir par t'embarquer». J'ai demandé sous quel
motif et là, l'agent a appelé les autres et ils se sont jetés sur moi. Ils
m'ont pris la tête et l'ont râpée contre le mur en crépi. Je vous ai
amené des photos du crépi. Et de ma tête. Et voici aussi le certificat
médical.
Présidente, le certificat médical à la main:
Oui je vois, contusion à l'abdomen... la mâchoire... la lèvre... la tête...
le genou droit...
(...)
(au témoin, Madame X, épouse de Monsieur X)
Combien y avait-il de policiers sur votre mari?
Madame X:
Ils étaient quatre. Ils lui ont vraiment râpé le visage contre le crépi et
l'ont mis à terre les pieds posés sur son dos. Et puis ils l'ont
embarqué, suspecté d'être l'homme au couteau qui menaçait notre
amie!
Présidente:
Est-ce qu'à un moment précis vous avez signifié à la police que cet
homme, Monsieur X, était bien votre mari?
Madame X:
Je suppose qu'ils ont dû me le demander à un moment... Je ne me
souviens plus très bien.
Monsieur X:
J'aimerais intervenir s'il vous plaît... Deux choses. Ils savait que j'étais
son mari parce que d'abord quand l'agent a dit «la ferme», je lui ai dit
de ne pas parler comme ça à ma femme. Et puis deuxièmement, ils
ne pouvaient pas me prendre pour l'homme au couteau, Madame, il
est métis et moi, je suis noir.
Présidente:
Mais la police ne pouvait pas le savoir, l'homme au couteau avait
quitté l'appartement avant leur arrivée.
Monsieur X:
Mais ils sont montés dans l'appartement et il y a des photos de lui
partout, ils ont bien vu qu'il était métis!
Présidente:
Non, pas forcément... M'enfin, ça c'est eux qui nous le diront. J'appelle
donc le gendarme en question.
Huissier:
Le gendarme fait défaut, Madame la Présidente. Il ne s'est pas
présenté au tribunal.