LA LETTRE D'AMOUR

A Christophe Darbellay, de tout coeur

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Christophe Darbellay, mon coeur, je te dis mon coeur et j’ai
bien tort parce que, tôt ou tard, tu vas me lâcher.
Abandonner ma carcasse usée, jeter aux orties ma guenille,
en choisir un autre que moi qui t’admire aussi fort mais qui
te sera, pour un moment, plus utile.
Ah! mon Christophe, comme j’aime ce petit côté Charles
Favre que je retrouve en toi: il change d’opinion à chaque
saute de vent; tu changes de parti à chaque élection. Mais
non, je suis injuste. Tu n’as, pour l’heure, trahi qu’une fois.
En vérité, avant que le coq n’ait chanté, tu reniais les
Chrétiens sociaux pour rallier un PDC exceptionnellement
plus apte à t’assurer le siège convoité.
Pas étonnant dès lors qu’on croie en toi, qui ne crois en rien
vraiment, hélas. Parce que croire, hein? C’est déjà
s’engager…
Aussi bien te voilà, cher Christophe, conseiller national et
l’on sent bien que pour toi, faire ça, t’asseoir là, c’était un
peu … comment dirai-je? Vital?
Alors bon; conseiller national, d’accord. Mais pour quoi faire?
Défendre quoi? Croire en quoi d’autre qu’en toi? On n’en sait
rien. Juste on te voit. Partout; toujours; sempiternel souriant
au photographe présent.
Congrès des tricoteuses de Visp West? Tu y es avec ta
presse convoquée. Amicale du bilboquet téléscopique de
Bruson? Te voilà avec ton photographe. Cercle des
operculophiles de Vercorin et alentours? Encore toi, suivi par
l’hagiographe complaisant d’un quelconque média.
Pas étonnant dès lors qu’on te soutienne, toi qui ne soutiens
rien vraiment, hélas. Parce que soutenir, hein? C’est déjà
s’engager…
Et les causes par toi embrassées sont à l’avenant. Tantôt
chasseur pour tirer un peu l’électeur, tantôt expert en
obstétrique pour rallier la parturiente, tantôt démographe
pour flatter Le Nouvelliste, tantôt moraliste pour plaire aux
conservateurs, tantôt indigné pour rassurer la gauche.
Tantôt, tantôt, tantôt… Partout…
Pas étonnant dès lors qu’on vote pour toi, qui ne votes pour
rien vraiment, hélas. Parce que voter, hein? C’est déjà
s’engager et, qu’un jour ou l’autre, mon coeur, tu vas me
lâcher.