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EN BRUT

Jusqu'à 80% d'augmentation des amendes
sur les pare-brise!

Dans les villes de Suisse romande, les contractuels verbalisent
plus massivement qu'ils ne l'ont jamais fait.

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

Des escouades d'agents sont larguées à l'affût du disque bleu
qui ne tourne pas et de l'horodateur qui reste sur sa faim.
Les bûches déferlent. Est-ce pour mieux renflouer les caisses
des municipalités? Tout le monde y a forcément pensé un jour,
arrachant de l'essuie-glace, le geste brusque et les dents serrées,
la deuxième amende de la semaine alors qu'on n'est que lundi.
Enquête faite, les montants encaissés ont grimpé d'environ
80% à Genève, 65% à Delémont, 16% à Fribourg, 11% à Sion
et exactement de 7,5% à Lausanne. Les recettes croissantes
générées portent bien à croire que la motivation des municipalités
à faire pulluler les amendes sur les pare-brise ne s'arrête pas
à la seule volonté d'éduquer l'automobiliste frauduleux ou
de faire régner l'ordre social. Les directeurs, commissaires
et autres responsables de service se défendent pourtant
d'obéir à un quelconque calcul économique et nient subir
une pression budgétaire de la part du politique.
Leur mission? «Réduire l'incivilité», «assurer la sécurité»,
«faire respecter la loi, rien de plus». Certains s'offusquent
qu'on puisse ainsi déceler un critère de rentabilité.
«Si on voulait agir de la sorte, on rajouterait des agents
auxiliaires!» ose le commissaire Pierre Rossier de Sion.
Une idée qui aura circulé jusqu'au bout du lac, puisque c'est
justement ce qu'a fait la Municipalité de Genève après plusieurs
années de laxisme. Depuis novembre 2003 en effet,
un impressionnant bataillon de quatre-vingt quatre agents
municipaux spécialement formés aux infractions de stationnement
quadrillent la ville de Calvin. Lors des deux premiers mois
d'occupation du territoire, l'imposant dispositif a distribué
150'000 amendes. Soit la moitié du nombre total récolté
sur l'année 2003. Une efficacité redoutable et redoublée depuis
le début de l'année 2004 grâce au renfort apporté par une nouvelle
troupe d'une quinzaine d'agents confectionnée sur mesure par la
Fondation des parkings. Car Genève qui ne fait jamais rien comme
les autres, compte en plus des agents municipaux et de la police
cantonale, la Fondation des parkings, un organisme mandaté
par le Conseil d'Etat pour gérer les parkings et les zones bleues
en ville. Bien que déficitaire en 2003, la Fondation des parkings
prévoit un bénéfice dans son budget 2004. Difficile de ne pas voir
dans l'envoi au front de sa brigade de contrôleurs d'horodateurs
un bon moyen de récolter des recettes.
A Delémont, ce sont les nouveaux aménagements de
stationnement dans la vieille ville qui ont permis d'encaisser
en 2003 les 91'000 francs d'amendes supplémentaires
en comparaison à l'année précédente. Un changement de loi voté
par le politique, interdisant aux voitures de stationner les week-end
en vielle ville, a provoqué une avalanche de bûches dans le quartier.
«On a mené une action musclée et ça a payé», affirme sans
ménagement le commissaire Gilles Luthenbach. En 2002, les huit
agents de surveillance de la ville de Fribourg ont mal supporté l'hiver.
Un fort absentéisme a fait souffrir l'état des caisses. Mais voilà
qu'en 2003, la troupe remise d'aplomb a permis à la Municipalité
d'empocher 300'000 francs de plus, soit un total de 2.2 millions
de francs encaissés. Sion est la seule ville à ne pas avoir renforcé
ses troupes - un effectif stable de deux agents affiliés principalement
à la surveillance des véhicules (mal) garés - et à ne pas avoir
sensiblement modifié l'aménagement des places de parc.
La capitale valaisanne connaît par ailleurs une des augmentations
de recettes les plus faibles, soit 1, 27 millions encaissés en 2003,
contre 1, 14 million en 2002. Logique, aurait-on envie d'ajouter.
La plus faible progression revient à la Municipalité de Lausanne
qui annonce un «petit» 7,5% d'augmentation. Cependant,
contrairement aux villes comme Genève qui exhibent de véritables
sursauts dans leurs statistiques, Lausanne présente une progression
constante et contrôlée depuis 1998. Car la question des voitures
mal garées n'est pas une préoccupation nouvelle. La Municipalité
ayant trouvé depuis plusieurs années son rythme de croisière
en matière de politique de stationnement et de gestion des effectifs,
il ne lui restait plus qu'à assurer une bonne adéquation entre les
recettes prévues au budget et les montants réellement encaissés.
Au vu des résultats en 2003, on décernera à la ville olympique la
médaille d'or de la gestion budgétaire en matière d'amendes d'ordre.
Pour une prévision budgétaire de 15 millions en 2003, Christian
Séchaud, chargé de communication de la Police municipale, annonce
11 millions de francs encaissés directement par la ville, auxquels
s'ajoutent 4 millions de francs provenant d'amendes transformées
en contravention et rétrocédés ensuite à la Ville par la Préfecture.
Au final, on totalisera 15 millions de francs encaissés en 2003 qui
correspondent comme par magie au budget voté par le politique
l'année d'avant. On ne manquera tout de même pas de féliciter les
74 agents qui oeuvrent pour le respect des lois du stationnement
dans la capitale vaudoise... A chaque ville sa petite spécialité.
Du renforcement des troupes aux modifications des lois
de stationnement, chaque municipalité aura trouvé son filon pour
faire fructifier les recettes. Face à l'assaut comment s'organisera
la résistance, finira-t-on par arracher ses essuie-glaces plutôt
que de rouler à vélo?


  Genève Delémont Fribourg Sion Lausanne

Total en Frs des amendes
d'ordre produites en 2002

9'500'000 139'000 1'900'000 1'141'000 10'200'000
Total en Frs des amendes
d'ordres produites en 2003
17'700'000 230'000 2'200'000 1'270'000 11'020'000
Augmentation 80% 65% 16% 11% 7.50%