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L'HIPPOCONDRIAQUE

Gâchez ce sein...

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

On en était au plat principal quand elle a soulevé son pull d'un
coup et m'a dit: «Palpe, c'est mieux que des vrais.» Line s'est fait
refaire les seins et voulait que tout en touchant je pousse des
cris d'allégresse en hommage aux prouesses de la chirurgie
plastique. Des beuglements au moins proportionnels à la
dépense. Je me demande si c'est sain quand une collègue vous
demande de toucher sa «poitrine de rêve» alors que jusqu'ici
l'échange le plus hot a consisté à lui faire une bise pour son
anniversaire. Et quoi dire? Hein? Voilà qui m'a procuré des
acidités d'estomac. Genre en pillant le vocabulaire du garagiste:
belle carrosserie ma chère! Ou celui du boulanger poète: vos
petits ballons ma chère, les hommes vacilleront... M'enfin, me
suis exécutée, histoire de ne pas gâcher l'ambiance. Bon Dieu,
ces seins en tremplin, Simon Ammann, champion de saut à ski,
aurait bien fait un essai. Ils étaient durs comme une cloche à
fromage. Cette matière étrange m'a rendue plus hardie et j'ai fini
par frapper dessus comme une sourde, comme pour entrer dans
le saint des saints. Line n'a pas bronché. Et cela m'a convaincue
de la réelle existence des effets secondaires sur lesquels me suis
abondamment documentée en lisant «Sois toi même, paie-toi un
avenir grâce à la chirurgie»: perte de sensibilité totale. Mais pas
uniquement: lu aussi que la prothèse est susceptible d'exploser
en cas de vol en avion ou d'examen mammographique. La peau
peut aussi faire des plis et là difficile de prétexter que le
chirurgien vous a fait une petite fantaisie, un pli c'est un pli quoi
qu'on en dise. Je dois avouer que je me suis demandé si pour
faire revenir Hervé je ne pourrais pas m'en payer au moins un.
Reste à savoir si à ce prix-là, n'aurai droit qu'à la moitié de son
désir.