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N°10 - 9 juillet
2004
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LA LETTRE D'AMOUR
Il faut recapitaliser Charles Favre
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Charles Favre, mon désamour, mon emprunt russe, si tu n'existais pas, faudrait-il t'inventer? Ma réponse est non. D'abord parce que tu t'efforcerais de t'inventer tout seul; ensuite parce que dans ta suffisance, tu t'inventerais insuffisant, que ça correspondrait affreusement à la réalité et que de cette réalité là, le pays a assez pâti. Voyons un peu ton bilan. Capitalisons un peu: Banque Cantonale Vaudoise: trois recapitalisations successives, trois milliards de francs pour éviter la faillite. Est-ce tout? Non hélas. Etat de Vaud lorsque tu en prends les finances: 6,1 milliards de dettes; Etat de Vaud quand tu libères ton siège: 8,4 milliards de dettes. Est-ce tout? Non, hélas. Parti radical vaudois: électoralement triomphant à ton arrivée, laminé à ton départ. Estce tout? Non, hélas! Les communes vaudoises, jadis pilier du serein pouvoir d'Etat, abhorrent aujourd'hui ce qui vient du Château. La faute à la péréquation et à la «facture sociale», comme tu disais, en les leur refilant. Est-ce tout? Non, hélas. Il y a aussi cette omission involontaire d'une vente extraordinaire dans ta déclaration d'impôt de 1995, est-ce tout? Et un bouquet fané d'orchidées, non… Et quelques changements précipités d'opinion avant votations, hélas… Est-ce tout, cette fois? Oui enfin. Oui, je crois. Oui peut-être. Oui, en exceptant toutefois cette toujours grande fatuité qui te fait dire à longueur de justification: «Ce n'est pas moi, je n'ai rien fait, j'ai oublié, je n'ai pas contrôlé» ou encore «coupable peutêtre, mais de passivité». Oui enfin, en omettant la curieuse tétanie du conseiller d'Etat Ch. Favre incapable de prévoir les lourds reports de charge de la Confédération vers les cantons votés par le conseiller national Charles F. Oui, oui, oui… Oui, c'est assez. Assez dit. Aujourd'hui, Charles, mon désamour, mon emprunt russe, tu tentes de te recapitaliser en briguant immédiatement la viceprésidence du Parti radical suisse, et pour plus tard le Conseil fédéral. Persévère, mon Charles, continue, insiste, sois élu je t'en prie. Après ton passage aux pinacles fédéraux, je suis curieux, tellement curieux de voir comment il faudra s'y prendre pour recapitaliser, que sais-je… La Banque nationale?
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