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N°11 - 23 juillet
2004
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LA LETTRE D'AMOUR
Grand fou
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Hans-Rudolf Merz, mon petit chat, je veux bien être ta souris… Mais pensons alors vraiment, comme tu le souhaites, à l’impensable. Imaginons absolument l’inimaginable et donc, n’essaie pas de me manger! Vendre le mobilier, brader le patrimoine, solder les joyaux de la couronne, tu le proposes et nous pouvons le faire. Ce n’est pas impensable, pas iconoclaste, pas très utile non plus. Ou alors il faudrait vendre bien plus et bien plus cher que les restes de La Poste, des CFF et de leurs bâtiments. Soyons fou, mon amour, et liquidons enfin le Gothard avec ses tunnels, le Palais fédéral avec ses coupoles, et surtout le Valais qui te coûte si cher, comme tu dis mon Onéreux. Et puis couper tout, partout, réduire les dépenses de 20 à 30%, amputer financièrement Helvetia des deux jambes, des deux bras et exploiter encore son tronc mutilé dans un hôtel de passe pour lui faire grappiller quelques derniers centimes, tu le proposes et nous pouvons le faire. Ce serait difficile, mortifiant, humiliant, avilissant, dégradant, mais on peut bien s’avilir, se mortifier, se dégrader pour de l’argent, n’est-ce pas? C’est en tout cas dans l’air du temps. L’impensable, mon Dispendieux, ce serait donc cela pour toi: vendre l’état ou l’égorger ou les deux à la fois mais dans l’ordre pour ne pas trop y perdre. Eh bien tu m’excuseras, mon Précieux, mais j’attendais de ta part plus de folie. Comme par exemple de proposer l’abandon du fédéralisme qui multiplie à l’infini les débours sans pour autant cumuler les produits. Je détesterai cela, mais ce serait inédit. Las, mon Chéri, tu n’as pas osé. Tu aurais aussi pu, par exemple, imaginer l’inversion du ratio entre imposition directe et indirecte, entre l’imposition sur le travail et celle sur la consommation. D’autres, au nord de l’Europe l’ont fait avec profit. Las, mon Attitré, tu n’as pas osé. Tu aurais encore pu t’atteler à expliquer que la Suisse était devenue trop petite pour faire la même chose que l’UE, mais toute seule et qu’il convenait dès lors d’envisager l’impensable vraiment: adhérer, être déficitaire avec et comme les autres. Las, mon Aimé, tu n’as pas osé. Ô mon Adulé, pourquoi faut-il qu’à Berne, l’imagination soit toujours traitée comme un délinquant sexuel suisse et… internée à vie.
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