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BRIBES D'AUDIENCE

«Ça vous vient d'où cette violence?»

Un gamin comparaît devant un tribunal romand.

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

Présidente:
Vous étiez en groupe, éméché, une bière à la main et vous avez
frappé un homme à qui l'un de vous avait demandé de l'argent.
L'homme a perdu connaissance, vous avez continué à le frapper.
Et c'est la police qui vous a interrompu... Pourquoi vous avez
frappé ce monsieur?
Accusé:
Parce que je lui ai demandé de nous répondre sans insulter et il a
dit «allez vous faire foutre».
Présidente:
Et vous avez remarqué qu'il était inconscient quand vous avez
continué à le frapper?
Accusé:
J'ai vu qu'il était tombé par terre et je lui ai donné un coup de pied
à l'épaule.
Présidente:
Mais il s'est battu avec vous ou il était juste là comme un sac de
patate?
Accusé:
Non.. plutôt comme un sac de patate. (...)
Présidente:
Vous avez une formation?
Accusé:
J'ai fini le cycle et après j'ai tout de suite travaillé.
Présidente:
Vous travaillez où?
Accusé:
Aux CFF. Je fais le nettoyage. Mais ils n'ont pas renouvelé mon
contrat...
Présidente:
Vous avez fait autre chose comme travail?
Accusé:
Oui, la plonge dans le restaurant, le nettoyage...
Présidente:
Oui, bon... Vous avez essayé différents travails, mais rien ne vous
plaisait...
Accusé:
Non, rien. (...)
Présidente:
Quand vous êtes seul, vous faites des choses violentes comme ça
ou c'est toujours en groupe?
Accusé:
En groupe toujours...
Présidente:
Mais ça vous vient d'où cette violence? Vous allez continuer à
péter les plombs comme ça?
Accusé:
Non... Je pense que je devrais consulter un spécialiste...
Présidente:
Nous allons procéder à l'audition du témoin, madame M., la
maman de l'accusé, accompagnée d'un interprète. Madame, vous
confirmez que vous habitez avec votre fils?
Interprète:
Oui, elle confirme qu'elle habite avec son mari et son fils.
Présidente:
Pas d'autre enfant?
Interprète:
Non. Une fille qui est déjà mariée. Il n'y a que son fils avec eux à la
maison et c'est lui qui ramène l'argent. Elle dit: «J'espère qu'il va
pouvoir continuer à le faire.»
Présidente:
Pourquoi avez-vous besoin de l'aide financière de votre fils?
Interprète:
Parce que mon mari est très malade.
Présidente:
Combien vous apporte votre fils?
Interprète:
2'500 francs par mois.
Avocat de l'accusé:
Qu'est ce que vous pouvez nous dire à propos des fréquentations
de votre fils?
Interprète:
Je ne sais pas exactement qui il voyait. Mais je pense que c'était
des mauvaises fréquentations parce qu'il a toujours été calme et
gentil à la maison. Et je veux m'excuser en tant que mère auprès
de monsieur la victime, et je suis sûre que ça ne se reproduira
plus.
Avocat de la partie civile:
Madame, juste pour mieux comprendre, est-ce que votre fils a été
exposé à de la violence en ex-Yougoslavie, avant que vous arriviez
en Suisse?
Interprète:
Oui. Il était tout petit, mais il a vécu les événements de
Srebrenica. Quand tous les musulmans ont été tués. C'était la
guerre... Il était encore petit, mais il a quand même vécu ça.
Avocat de la partie civile:
Il avait quel âge à ce moment-là?
Interprète:
C'était le 12 juillet 1995 que la ville est tombée. Il avait 9 ans. On
est arrivé en Suisse au mois de novembre 1995.