Résumé
Bon, alors on l'a dit, Celestino tourne autour du mystère suivant: le
corps à Rosten contient un indice, mais personne n'est foutu de le
découvrir. Pourtant le temps presse, la famille réclame le décédé et
il faudra bien l'enterrer. Sans compter qu'un indice sur un mort, si
on peut dire, ça vit pas plus longtemps que le mort. Quand les
chairs se délitent, l'indice fout le camp. Celestino, en pleine
insomnie suite à une algarade avec sa compagne Amina, s'attelle
au problème et à une nouvelle recette.
- Ramène-moi à la gare Cele.
- Amina, une erreur, un malentendu, un concours de
circonstances malvenu. Un peu comme quand c'est ce typelà,
je me souviens plus son nom, qui a répondu au téléphone
à ta place, en pleine nuit, chez toi…
- Ça n'a rien à voir, c'était mon chef, m'avait accompagnée à
l'opéra, il est homosexuel et du reste ça ne te concerne pas.
Tandis que là, on a été ridicules.
- C'est sûr qu'au téléphone, j'étais le seul à avoir l'air d'une
cloche. C'était moins dur pour toi, c'est ça?
- Ne complique pas les choses, Celestino…
- Sûr que c'était plus simple pour toi quand tu ironisais sur mon
compte avec ce mec. Vous avez dû bien rire à mon propos,
ton soi-disant chef et toi.
- Celestino!
- Bon voyage, mon amoour. Et mes amitiés à ton chef
charmant…
- Au moins lui, il est pas ridicule. C'est pas un cul terreux de
petit flic de province, lui…
- Celestino!
En rentrant de la gare, seul, il y eut encore une panne. «Sèche,
commissaire; panne sèche, sourit le dépanneur. Les voitures, ça
roule à l'essence, vous savez?» A ce moment, Celestino ressentit
une immense lassitude, une gigantesque fatigue. Abyssale. A peine
arrivé, il se mit en cuisine. S'ouvrit une malvoisie flétrie du Valais,
sortit du frigo sa terrine de foie gras, se prépara des toasts et
s'attabla. Seul. Et enfin heureux.
Ensuite, Celestino se prit un livre, Berl, Une histoire de l'Europe,
s'enfonça pour la millième fois dans la préface magnifique et oublia
jusqu'aux cirons qui en ce moment même détruisaient, rongeaient,
digéraient Rosten et l'indice qu'il contenait.
Celestino s'endormit tard et se réveilla tôt. Il lui suffisait d'un détail,
d'une inquiétude pour être tiré de son sommeil et il ne parvenait
plus à se rendormir. «Ça, pour être insomniaque, vous êtes
insomniaque, chef!», lui avait doctement expliqué son adjoint Louis
Costanti. Mais Celestino refusait l'étiquette avec l'obstination d'un
insomniaque justement: «Anxieux, Costanti, juste anxieux…» Tout
de même, il dormait peu. Et ça lui donnait du temps pour penser à
ses enquêtes.
Etendu sur le dos, les yeux ouverts, figé comme un mort, Celestino
se remit à penser. Un indice sur un cadavre, c'est quoi? C'était bien
la première fois qu'il ne trouvait pas sur un mort ce qu'il cherchait;
d'habitude, les refroidis sont plus prolixes, moins secrets, plus
ouverts… surtout après l'autopsie, ruminait le commissaire en se
levant pour aller se faire un café. Petit, le café. Serré. A déguster en
divaguant. Le bonheur du café. Bien noir, bien moussu, bien amer.
«Suis un homme à l'amer», sourit Celestino en s'inventant la
recette des médaillons de veau aux kumquats et café moulu.
«Pourrait être bon; faudra que j'essaie…», se dit le commissaire et il
se mit à travailler à son enquête. Le légiste ne trouve rien d'autre
qu'un cancer. Etait-ce cela que, selon l'assassin, le corps pourrait
encore me révéler? Quel intérêt en somme? Si ça se trouve, au
moment d'être tué, Rosten était déjà condamné par sa maladie.
L'assassin aurait pu économiser son effort… Il tournait et retournait
dans ses doigts un crayon, notant chaque idée, chaque hypothèse,
mais rien n'y fit. Rosten gardait son mystère.
A huit heures tapantes, Celestino Celestini sonnait à la porte du
défunt. Il fut reçu presque aussitôt par la femme à Rosten.
La recette: Médaillons de veau aux kumquats
et café moulu
Les médaillons de veau, on les fait comme d'habitude: poêlés avec
une noix de beurre. Ensuite, on les réserve. C'est là que ça
commence. Il faut déglacer la poêle avec une bonne lampée de
Noilly Prat, incorporer les kumquats coupés en rondelles, une
cuillère à soupe d'un ristretto bien corsé et une cuillère à café de…
café noir justement, moulu très fin. Porter à ébullition et laisser
réduire un poil. Moi je crois que C'est bon. Mais il est de mon devoir
de prévenir: celle-là, de recette, je l'ai pas encore testée.
Quiconque s'y colle avant moi me fera plaisir en me relatant l'échec
ou le succès (benoit.couchepin@journalsaturne.ch) . Vu?
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