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N°12 - 13 août
2004
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LA LETTRE D'AMOUR
A mort la milice et le service
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Samuel Schmid, mon petit Chat, te voilà bien mal pris au milieu de ces querelles de militaires matous. Je crois hélas que tu ne t'en sortiras pas sans quelque mauvaise griffure. Il faut dire que tu occupes une position difficile: l'idée même d'une armée, en ces temps de patriotisme plus festivalier que patriote, c'est à peu près aussi anachronique que le serait une montre-bracelet rose au poignet du fils de Tell. C'est normal, c'est un peu dommage, c'est dans l'air du triste temps. Parce qu'à présent, les militaires, on ne les ordonne plus; on les consulte, par anonyme sondage, sur leurs opinions, leurs états d'âme et leur spleen d'officier. Et alors bien sûr, à la place de guerriers si possible disciplinés, on découvre des rosières se plaignant de mobbing quand on leur donne l'ordre de se taire. Ils disent qu'ils n'aiment pas la nouvelle armée; quelqu'un pourrait-il leur rappeler qu'un militaire n'est initialement pas fait pour aimer? Ils disent qu'ils dépriment dans un stress devenu trop lourd à gérer. Qui leur rappellera qu'on déniche rarement des îlots de volupté au coeur des champs de bataille? Ils disent qu'ils ne comprennent pas bien leur chef; il suffit qu'ils entendent ses ordres. Mais non, ça ne leur suffit pas. La Grande muette veut parler. Et voilà qu'on découvre, affolés, notre défense nationale caqueteuse comme un complet poulailler. A cette aune, ce n'est plus une armée que tu diriges, Samuel mon Tigré, c'est un syndicat d'initiative pour comices agricoles. Et donc tu as raison, mon Angora, supprimons-la en douceur, cette armée de milice. Même les Suisses, paraît-il, sont d'accord: ils ont évidemment été sondés et, puisque la milice justement c'est eux, ils ont dit que s'ils pouvaient éviter d'y aller, ce serait mieux. Eh bien je crois, moi, qu'ils ont tort. Que la milice n'est pas un mal en soi. Qu'elle est, avec la politique, le seul moyen encore recensé de servir un moment son pays. Servir son pays; ils vont rire, n'est-ce pas? C'est normal, c'est un peu dommage, c'est dans l'air triste du temps.
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