BRIBES D'AUDIENCE

Retard... donc retour!

Menacée d'expulsion, une requérante comparaît
devant un tribunal.

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

Présidente: Madame, vous faites opposition à une
ordonnance de condamnation rendue contre vous.
Vous avez un retard dans le délai de 14 jours pour
faire opposition. Lorsque vous avez reçu cette
ordonnance, madame, qu'en avez-vous fait?

Traducteur: Elle a demandé à quelqu'un de traduire
la lettre.

Présidente: Vous pensiez qu'il y avait quoi dans ce
document?

Traducteur: Elle pensait que c'était quelque chose
en rapport avec quand on était venu chez elle...

Présidente: Donc vous pensiez bien que c'était
quelque chose en lien avec votre arrestation?

Traducteur: Non, elle ne pensait pas que c'était en
rapport avec elle directement. Parce que quand la
police est venue la chercher elle, son ami et toutes
les affaires, ils ont fini par la relâcher, elle.

Présidente: Vous saviez que vous étiez prévenue
d'une infraction pour recel et vol?

Traducteur: Elle dit que non, la police ne lui a pas dit
ça.

Présidente: Mais à la police, il y avait bien un
traducteur pour vous expliquer ce qu'il en était?

Traducteur: Non... le traducteur, c'était le policier
lui-même.

Présidente: Madame, vous saviez que vous aviez
deux mesures d'exclusion ferme?

Traducteur: Une mesure, elle savait, mais pas
deux...

Présidente: Vous n'avez pas pensé que ça pouvait
être en lien, que cette lettre était importante?

Traducteur: Non... Elle dit que comme son ami
n'était pas expulsé, mais que l'asile était écoulé...

Présidente: Mais c'est d'elle qu'on parle!

Traducteur: Oui, mais elle explique que...

Présidente: Peu importe! Je ne vois pas le rapport.
Bon, vous avez appelé quelqu'un pour traduire...

Traducteur: Oui. Et elle a dit à cette personne que
c'était une lettre de la police.

Présidente: Et quand est-ce que la personne est
venue traduire?

Traducteur: Environ vingt jours plus tard.

Témoin: Elle m'a dit qu'elle avait reçu un papier et
qu'elle ne savait pas ce qu'il y avait dedans. Elle m'a
dit que c'était quelque chose qui venait de la police.

Présidente: Elle vous a donc demandé de traduire...

Témoin: Je n'ai pas pu le faire tout de suite parce que
j'ai deux emplois et une fille de 7 ans. C'était
compliqué... Ce n'était pas parce que je ne voulais
pas le faire. Mais je n'y arrivais pas. Dès que j'ai eu la
possibilité de le faire, je suis allée chez elle.

Présidente: Comment a-t-elle réagi quand vous lui
avez traduit l'ordonnance?

Témoin: Elle était choquée.

Présidente: Elle était choquée de quoi?

Traducteur: D'avoir été jugée coupable et d'être
expulsée. Elle m'a dit que la police lui avait assuré
que tout allait bien pour elle car les affaires qu'ils
avaient trouvé n'étaient pas les siennes. Elle a pleuré
quand elle a vu qu'elle avait dépassé les 14 jours pour
faire opposition. Et moi aussi. Parce que j'étais un peu
responsable aussi.


Envie de réagir? courrier@journalsaturne.ch

version imprimable