L'HYPOCONDRIAQUE
Seule à crever
Cette fois, si quelqu'un me traite
d'hypocondriaque, je prends deux jours de congé
maladie. Je savais que vivre seule pouvait me
rendre malade, je le sentais au fond de mon
intestin fragile: les célibataires vivent moins
longtemps que les gens mariés – 10% de risques
supplémentaires de mourir pour les hommes et
4,8% pour les femmes. Ai flanqué l'objet sous les
yeux d'Hervé: lui qui est passé de sa mère à sa
femme et qui me butine en sus. «Ils sont en
général des bourreaux de travail puisque personne
ne les attend à la maison.» «Pas vrai Hervé?», ai
ponctué. Lui répète depuis des mois que s'il ne
prend pas une décision radicale, s'il ne quitte pas
sa villa contiguë de Bremblens pour mon bucolique
deux pièces, il finira par me faire tomber malade.
Mais l'heure est plus grave, JE SUIS DEJA MALADE.
«La surmortalité enregistrée chez les célibataires
est comparable à celle des fumeurs.» Bon dieu,
l'Office de la santé publique devrait mettre au
point des vignettes du type de celles qu'on a
collées sur les paquets de cigarettes: VIVRE SEULE
TUE ou LE CELIBAT NUIT GRAVEMENT A LA SANTE.
Me la colle volontiers où le souhaitera l'Office
fédéral de la santé publique au risque d'avoir
quelques boutons. Pascal Couchepin peut
m'appeler. Si je vis encore, je répondrai.
Béatrice Schaad