|
Couchepin-Blocher:
la thérapie de couple
Proches de la rupture, les deux conseillers fédéraux ont tenté une séance commune chez le psychologue. Saturne a retrouvé l'enregistrement.
PASCAL COUCHEPIN:
– Depuis qu'il a gagné en votations, l'autre dimanche, il a ce petit sourire en coin, je supporte pas. Il fait comme si c'était plus moi le chef.
– D'ailleurs depuis qu'il fait le même travail que moi, rien ne va plus. J'ai l'impression de ne plus exister.
– Hier soir encore, au vernissage des œuvres au crochet de Ruth, il m'a ignoré toute la soirée. Pendant mon discours, il chuchotait en pouffant avec sa voisine. Pis quoi, quoi, il était bien mon discours.
– Docteur, ça fait dix mois que j'essaie de le traîner ici. Maintenant qu'il est là, faut le secouer. J'ai tout essayé, même de parler plus fort que lui, le traiter de dictateur, je n'arrive même plus à le provoquer.
– Je ne sais pas où va notre couple. On n'a plus de projet commun.
– Il voudrait que je sois un eunuque. Mais c'est lui qui ne me touche plus. Même pas une fois en dix mois. Il n'y a plus de désir, je me demande s'il ne va pas voir ailleurs...
– Toute sa famille est sur mon dos. Son petit frère m'a même traité de Pilet-Golaz.
– Il dit toujours «le peuple, le peuple». Quoi, quoi, le peuple, c'est qui ce peuple? Et moi alors?
– Trop c'est trop, plus question que je passe des heures à la cuisine. Maintenant, c'est schublig au micro-ondes, et il l'allume lui-même quand il rentre. Si il rentre.
– Il monte les enfants contre moi. Il me contredit systématiquement devant eux. Ça, il le fait exprès, je suis sûr. Il me rabaisse, c'est intenable. Il n'y a plus d'autorité dans cette maison. Bientôt, les enfants finiront comme les cousins Maurer, à planter de la drogue dans le jardin.
– On ne peut pas compter sur lui pour les petites choses. La seule fois où il a descendu les poubelles, il a fallu appeler les démineurs bernois.
– Il quitte la maison à 5 heures du matin et il veut me faire croire que c'est pour le footing. Mais je ne suis pas dupe: son training UBS récupéré de la faillite Swissair, je ne le vois jamais à la lessive.
– Quand on a une fête de famille de mon côté, c'est fini, il ne vient plus. Au dernier moment, il dit qu'il n'a pas son passeport pour lui pour aller en Suisse romande. Et il n'insiste plus pour que je l'accompagne dans la sienne, à Zurich.
– Pour les vacances, il ne veut jamais quitter la Suisse. Il refuse l'hôtel parce que ça coûte trop cher. Au camping, c'est moi qui me tape tout le boulot.
– Après les commissions, il veut toujours vérifier le ticket de caisse et me houspille sur tout. Si j'ai été ailleurs que chez Denner, ça gueule.
– Y a même plus d'échange, surtout sur mon boulot. Il ne s'est jamais intéressé à l'assurance maladie.
– J'ai bien remarqué qu'il m'a envoyé en Chine pour être tranquille. M'en fiche, lui ai mis plein de sms. Il n'a pas répondu. Peut-être que ce n'est pas de sa faute, ça fait des années que je dis qu'il y a un problème avec Swisscom.
– J'ai essayé d'appeler le Deiss pour en parler. Il m'a dit d'être patient et de beaucoup prier. Que je verrai bientôt le bout du tunnel. Tu parles, ça faisait cinquante minutes que j'étais dans le bouchon de Glion.
CHRISTOPH BLOCHER:
– Je ne vois pas ce que je fais ici. Il n'y a aucun problème, il se fait des idées. Il supporte mal mon indépendance.
– J'ai tout fait pour qu'il se sente mieux, qu'il se ressource. Je lui ai réservé des places au Festival de Locarno, il a réussi à créer un psychodrame. Alors je l'ai envoyé en Chine, mais, de nouveau, il a tout gâché en passant par le Tibet.
– Il se laisse aller, il ne s'arrange plus, s'empâte. Il ne surveille plus son langage.
– Il est tellement à cran, toujours sur mon dos, il m'étouffe. Pourquoi il ne part plus en week-end à Chemin? Ça lui faisait du bien.
– Il se vexe pour tout, même quand on écorche son nom.
– Il dit qu'on ne se comprend pas. Mais qu'il apprenne une bonne fois l'allemand. Ou alors qu'il parle le bon français.
– Ça va lui passer, je le connais, mon Pascal, il est un peu désécurisé, il s'agite. Il me fait toujours ça deux mois avant la réélection de décembre.
|