L'ÉDITORIAL

Joseph et Babette vont au Japon

ARIANE DAYER

Main dans la main. Toujours. Soudées, bétonnées. Joseph et Babette s'aiment, ils ne se séparent jamais. Emerveillé par Tokyo, le couple présidentiel Deiss scrutait, cette semaine, le sommet des buildings avec des yeux clairs d'azur. Regardant ensemble dans la même direction, comme Saint-Exupéry rêvait l'amour. Comme la collection Harlequin intitule ses volumes: cœur transi au Pays du Soleil levant. Amour, il y a eu. Résultats, un peu moins. Pas de signature d'accord de libre-échange, ni de coopération technologique. Le bilan officiel conclut à un «échange d'informations et d'expériences». Maigrelet. Dommage, après la grosse chamaillerie du Conseil fédéral, on était bien content que les ministres reviennent aux choses sérieuses, qu'ils investissent l'Asie: Joseph Deiss au Japon, Pascal Couchepin en Chine, Micheline Calmy-Rey au Sri Lanka. Les affaires allaient reprendre... Pourquoi les voyages de nos conseillers fédéraux, indispensables, déçoivent-ils toujours un peu? Pourquoi retiendrons-nous davantage, de cette tournée au Japon, la Tête de Moine offerte au premier ministre et le baiser collé sur les joues de l'impératrice que les enjeux économiques? Pourquoi, la même semaine, Jacques Chirac donne l'impression de mettre un pied en Chine quand Pascal Couchepin ne fait que passer furtivement? La faute aux médias, peut-être, le complexe d'infériorité, sûrement. Mais aussi l'absence de discours politique clair sur les intentions. Il était fantastique que trois conseillers fédéraux partent en même temps en Asie, pourtant aucune communication commune n'a mobilisé le citoyen autour de ce symbole. Il était formidable que Pascal Couchepin passe au Tibet avant d'aller à Shanghai, mais le geste n'a été que mollement assumé. C'est la négation même des Affaires étrangères. On part en catimini. Quand on fait de la politique, on la glisse sous la moquette pour préserver les enjeux économiques. Sans, pour autant, cerner ceux-ci clairement. Un conseiller fédéral ne donne pas ses espoirs concrets pour éviter d'être analysé au retour. Résultat: le citoyen se désintéresse, ne comprend plus le sens de ces voyages. Pour s'identifier, il n'a plus que la main de Joseph dans celle de Babette. C'est mignon, le Japon.


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