LES COULISSES DU POUVOIR

Le retour des Fils du ciel

Joseph Deiss et Pascal Couchepin se retrouvent dans la halle aux bagages de l'aéroport de Kloten.

TEXTE: NICOLAS GRANDJEAN

- Par ici, Brigitte, voilà la housse de mes smokings.

- Houhou, Babette, attention au grand sac plastique. Attrape-le avant qu'il passe sur le tapis roulant: c'est mon cadeau au Conseil fédéral… le gros pot, là, avec le chêne géant et les six petits bonsaïs.

- Babette? Joseph? Chers président et dente, vous aussi vous rentrez au pays? Fatigués de l'Orient compliqué?

- Compliqué, sûrement. Mais surtout uniforme: tous ces Japonais se ressemblent tellement. Même au milieu de la foule, je me croyais dans un désert… quel devint mon ennui!

- Moi, j'ai aimé être président: apparât, soupers chics, voyages exotiques, discours fusionnels et index démonstratif pour bien faire la leçon aux ignares non helvètes.

- Vanitas vanitatum, mon cher Pascal!

- Voyons, Brigitte, attention, tu vas casser ma fausse poterie Ming. Enveloppe-la dans les copies Versace, dans le sac en velours, là. Or donc, c'est votre présidentielle qualité qu'avait requis le couple impérial japonais?

- Mais oui, l'Empire du Soleil levant! Sensei président par-ci, sensei président par-là, des courbettes partout… et l'empereur! Moi, fils d'un démocrate singinois, j'ai rencontré l'empereur, le fils de celui qui était, de son vivant, considéré comme un dieu. Quand je vous dis que le PDC mène à tout.

- Bof, c'est à la portée de n'importe qui. Moi, je suis allé au Tibet. Vous savez, le yéti, les moines volants, et tout, et tout… eh bien! je leur ai dit que la liberté culturelle, c'était fondamental.

- Bravo! Et alors?

- Alors, quoi? Après, je suis redescendu à Pékin. Ah, la Cité interdite! A vous le Soleil levant; à moi, le Céleste empire! Tous ces clients potentiels, tous ces dizaines de millions de montres, de tablettes de chocolat et de turbines qu'on va leur vendre!

- Et les échos médiatiques de ces efforts?

- Maigres. Une photo noir-blanc par-ci, un tableau éco par-là…

- Moi, j'ai suggéré à Babette de faire trois bises à l'impératrice. Du jamais vu, paraît-il. Ils ont trouvé cela sympa, deux secondes au TJ et amen.

- Et tout cela, président, pour retrouver Blocher et sa Sylvia à la une du Sonntagsblick…

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