Fernand Cuche, mon regretté
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Fernand Cuche, mon concassé, mon rugueux, mon faux sage, quelle tristesse… «Je hais ces mensonges qui vous ont fait tant de mal; la terre, elle, ne ment pas.» C'est beau, hein? Ça date de l'an 40, ça a été dit par un maréchal français en retraite après la défaite militaire et avant la défaite morale, ça a été écrit par son nègre, juif et génial.
Fernand, évidemment, tu n'es pas Pétain. En rien. Mais ce «la terre ne ment pas», c'est aussi ton artifice. Ta pose. Ton ostentation. Tu fus, de 1999 à 2003, l 'un des conseillers nationaux romands les plus inexistants, les plus tristement vains, les plus amèrement chimériques des Chambres fédérales. Je crois que toi, contrairement à tes électeurs, tu le sais et je crois que, le sachant, tu t'es représenté en 2003 parce que les honneurs, c'est tout de même bien agréable. Et donc je me demande si, à la différence de celle de Pétain, la terre de Fernand Cuche dit toujours la vérité?
Autre temps, même comédie. On te prête aujourd'hui l'intention tourmentée de briguer le Conseil d'Etat neuchâtelois. Tu réponds «je ne suis pas homme à m'enfermer dans ce pouvoir…» Et ça correspond bien à ton personnage, à l'image que tu veux donner et que tu donnes: la terre bien sûr ne ment pas et le pouvoir évidemment corrompt.
Je crois toutefois que tu iras. C'est-à-dire je crois à la même pose qu'en 2003. Je crois que tu sais ne pas être fait pour ça, mais je crois que tu iras parce que le goût des honneurs, la soif de notoriété, le besoin de reconnaissance, ou que sais-je encore, sera le plus fort. Il n'y a là aucun reproche, Fernand. D'autres avant toi ont aussi privilégié l'intérêt particulier sous couvert de grande honnêteté.
Ce n'est en somme qu'une forme assez convenue de populisme. Ivan Perrin par exemple, grimpion de l'UDC, ne fait rien d'autre lorsqu'il excipe de son statut de policier pour faire croire au bon peuple qu'il dit la vérité. Il faut en conclure sans doute que pour l'électeur, la terre ne ment pas et la police non plus…
Perrin, je le combattrai par tous les moyens. Toi, Fernand, hélas, je te regrette.