PIÈGES À CONSOMMATEUR

Au plus bas prix

TEXTE: JACQUES NEIRYNCK

L'aéroport de Genève sera doté d'un terminal low cost . Cela se dit en anglais, comme hamburger, parce que la langue française n'a pas de mots pour décrire la chose.

De quoi s'agit-il? D'une contribution originale de Genève à la dégradation générale des transports aériens. Puisqu'il existe des compagnies à bas coûts, style Easyjet, et que Swiss a déjà réduit ses services à bord au minimum, il faut marquer la différence sur les services au sol. Comme ce n'est déjà pas fameux pour le passager normal, il faut maintenant inventer des services en dessous de ce standard. Comment?

L'aéroport se propose de remettre en service un ancien terminal, dit T2. Il est probablement trop confortable, ayant été érigé à la période de gloire de Swissair. Evidemment on peut changer le revêtement de sol pour du bitume, dégrader les peintures en les souillant, supprimer les sièges, remplacer les toilettes existantes par de simples planches donnant sur un trou du sol. Mais cette dégradation coûtera cher en frais d'aménagement. On peut aussi, on doit même, couper le chauffage, l'électricité, le téléphone et l'eau, ce qui constitue une véritable économie. Compensera-t-elle les frais de dégradation? On peut en douter.

Le concept low cost n'est véritablement intéressant que dans la mesure où on le pousse jusqu'en ses dernières conséquences. Par exemple, un hangar désaffecté, non chauffé, ouvert à tous les vents. Il faut aussi qu'il soit situé le plus loin possible de l'entrée de Cointrin et que les passagers soient obligés de s'y rendre à pied en portant leurs bagages. La dégradation sera sensible, l'embarquement pénible. De quoi recruter des clients pour Swiss par comparaison.

Ne peut-on pas aller plus loin? Pourquoi un hangar? Pourquoi un toit? Un simple enclos entouré de grillages fera l'affaire et présentera l'avantage d'exposer les passagers à la pluie. Plutôt qu'un grillage, pourquoi ne pas demander à l'armée, qui n'a rien à faire, de placer des barbelés? Cela rappellera de vieux souvenirs aux passagers les plus âgés. Cela initiera les plus jeunes à l'architecture des camps de concentration, qui ne sauraient tarder à être rétablis, au moins pour les étrangers qui polluent la Suisse.

Une idée ne venant jamais seule, dès lors que l'armée placerait les barbelés, pourquoi ne pas lui demander de prendre en charge l'embarquement lui-même, avec appel nominal des passagers et conduite aux avions par une escorte baïonnette au canon? Un soldat de milice ne coûte que 18 francs par jour en frais d'entretien. C'est donc la main d'œuvre la plus économique possible. Et comme la troupe aurait les mains occupées par les armes, ce serait aux passagers de placer les bagages en soute. Invraisemblable? Pas du tout. Lors des nombreuses grèves des bagagistes à Roissy ou Bruxelles, Swissair demandait à des passagers volontaires de charger la soute. Je l'ai fait, ce n'est pas difficile.

Par cette initiative radicale la Suisse se placerait à la pointe du mouvement minimaliste qui englobe toute notre économie et dont nous vous entretiendrons régulièrement dans cette colonne. Serrez vos porte-monnaie!

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