LA RECETTE DE L'ACTU

La cuisine Poussepin

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Le problème avec les artistes, c’est qu’ils se croient toujours obligés de créer quelque
chose. C’est pas bien; parce qu’ils le font avec les sous des Suisses et que nous les
Suisses, ce qu’on aime avant tout qu’on expose avec les sous des Suisses, c’est notre
tradition. C’est ça le problème. Les artistes, ils pensent Quattrocento et nous, nous
méditons pendule à coucou. Ils rêvent Michel-Ange et nous vivons Ted Robert.
Forcément, ça crée des malentendus. Ils inventent le carpaccio de Saint-Jacques à la
truffe blanche et on préfère le biberli appenzellois. C’est bon aussi, mais un poil plus
gras.

En l’honneur de Poussepin et des artistes maudits, je recommande le menu suisse!

CAPUNETS DU PARLEMENTAIRE

Pour 246 parlementaires, il faut 71,5 kilogrammes d’épinards, 7,15 kilogrammes de
beurre à rôtir, 143 oignons finement haché, 715 cuillères à soupe de panure, 37,75
kilogrammes de farine fleur, 246 oeufs, 143 cuillères à soupe de persil haché, sel, noix
de muscade et sbrinz râpé.

Pour deux personnes, il suffit de diviser les proportions par 143 et d’inviter Yvette
Jaggi. Ça nous donne une ex-syndique, 500 grammes d’épinards, 50 grammes de beurre
à rôtir, 1 oignon finement haché, 5 cuillères à soupe de panure, 250 grammes de farine
fleur, 2 oeufs, 1 cuillère à soupe de persil haché, sel, noix de muscade et sbrinz râpé.

En écoutant d’une oreille les débats des Chambres fédérales, étuvez les épinards et
réduisez-les en purée. Dès que les orateurs parlent de Pro Helvetia, sautez sur les
oignons, pleurez un bon coup et faites-les revenir dans le beurre jusqu’à ce qu’ils soient
translucides (les oignons, pas les orateurs). Incorporez la panure et faites revenir sans
cesser de remuer. Ajoutez la purée d’épinard et laissez refroidir

Ensuite, si vous avez toujours faim et que le débat n’est pas fini, incorporez la farine, les
oeufs, le persil, le sel et la noix de muscade pour former une pâte bien épaisse, bien
lourde et bien collante. Laissez reposer quelques minutes.

Dans une casserole, portez à ébullition de l’eau salée. Abaissez une partie de la pâte sur
une planche humectée. Placez la planche sur la casserole, coupez des bandes d’environ
un demi-centimètre de largeur et laissez tomber dans la casserole. Sortez les capunets de
l’eau et égouttez-les dès qu’ils remontent à la surface (s’ils en ont encore la force),
parsemez de fromage et servez.

L’EMMENTHALER GUGGELI D’EMMEN

Il faut un poulet d’environ 750 grammes, 10 millilitres de vin blanc, 100 grammes de
crème, sel, poivre, 150 grammes de lard, 250 grammes de champignons, 150 grammes
de petits oignons, 100 grammes d’Emmenthal râpé, des capunets (voir ci-dessus), du
beurre.

Attendez un débat sur l’asile (très écouté à Emmen) et adoptez immédiatement, avec le
poulet, les mesures de contrainte: frottez-le avec du sel et du poivre et rôtissez-le au four
pendant 28 minutes dans une cocotte suisse. Pendant ce temps, découpez le lard suisse
en petits swiss lardons et faites sauter avec les champignons de nos forêts et les oignons
suisses. Déglacez le fonds de la cocotte avec le vin blanc, versez ensuite la crème. Faites
bouillir sur le feu quelques minutes sans cesser de remuer, passez la sauce au chinois (si
vous ne l’avez pas encore expulsé). Partagez le poulet en deux et posez sur un plat
chaud, garnissez avec les lardons, les champignons, les oignons et nappez de sauce,
servez avec le sourire et les capunets (ou autres nouilles au beurre).

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