CE QUE JEAN DIT

«Titan, Saturne, c’est beau»

TEXTE: DENIS MAILLEFER

C’est fou c't’histoire de sonde sur Titan, le satellite de Saturne, c’est fou moi je
trouve, dit JEAN un peu songeur. Quand on pense que cet engin, enfin pas lui
directement, d’abord l’orbiteur Cassini, et pis lui avec, quand on pense donc
qu’ils ont fait non pas des millions, mais des milliards de bornes dans le ciel pour
atteindre leur objectif, c’est beau, dit JEAN, c’est une chose qui dépasse
l’entendement, j’entends, c’est difficile à imaginer pour nous autres. Par exemple
si tu vas en vacances sur la Costa Brava avec ta caravane, tu te dis, c’est loin,
c’est long, mais ça reste des distances à taille humaine. Mais, là, des milliards de
kilomètres, plus de cent mille fois le tour de la Terre, ça fait réfléchir, et en plus
ça fait des photos qu’on reçoit, qu’on peut voir. Ma femme m’a montré sur
internet, passqu’elle a fait un cours d’informatique proposé par son ORP quand la
boîte de joints en caoutchouc où elle bossait a mis la clé sous le paillasson, moi
j’y connais rien et c’est trop tard pour que je m’y mette, donc bref on est allé voir
le site de la NASA, et tu vois Saturne et ses anneaux, c’est beau, vraiment, ça
laisse songeur, ça donne de la profondeur à nos vies, et pis en même temps ça
fait relativiser les choses. Ça fait oublier un peu ses soucis, ses combines
d’impôts ou d’organisation de vacances, ou encore le manque de neige, ça fait
oublier tout ça. On se sent un peu plus grand, et même un peu plus beau. Quand
tu vois ces images, ces couleurs (y a même une animation qui montre
l’atterrissage, enfin l’attitanissage) eh ben tu regardes différemment ces
vacanciers plein de pognon qui se sont pris la vague, passque c’est pas la porte à
côté là-bas même si c’est rien en comparé de Titan bien sûr, mais faut quand
même des ronds, et pis sur place les indigènes d’accord y z'ont du boulot mais
aussi ils sont exploités pour le bon plaisir de ces messieurs-dames de Genève ou
de Francfort, et qui se prélassent au soleil alors que derrière c’est bidonvilles et
compagnie, donc tout ça pour dire (dit JEAN) qu’il faut pas compter sur moi pour
les plaindre. Les plus beaux voyages eh ben ils sont intérieurs, et un type, sa
vraie valeur, c’est dedans qu’il faut aller la chercher, murmure JEAN avant de se
taire (pour aujourd’hui).

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