Marc Roger,
La mi-temps du mytho
TEXTE: THIERRY MEURY
«Le jour où je m’en irai, Servette disposera d’un patrimoine, ce
qu’il ne possède pas aujourd’hui», déclarait Marc Roger le 10
mars 2004.
La seconde partie de cette énième déclaration est restée
d’actualité: Servette n’a toujours pas de patrimoine. Cela dit, estce
bien nécessaire en première ligue?
Avec son accent méridional, Marc Roger, depuis son arrivée,
donne un petit côté trilogie de Pagnol au Servette FC. Une
trilogie en «f» en l’occurrence: folies, fric, faillite.
Certes, le susnommé n’est pas responsable de tous les malheurs
du club genevois: Servette paie aussi à ce jour le prix de vingt
ans d’errements et de la politique de prestige qui a caractérisé
cette période. Rien n’était trop beau! Et au fur et à mesure que
le club achetait les joueurs de valeur et virait les entraîneurs de
même acabit (pour des coûts exorbitants), le stade se vidait.
C’est ainsi que, toujours enclin à jouer les gros bras du football
suisse, alors qu’il n’avait plus que deux moignons, le Servette
accepta ce cadeau empoisonné qu’était le Stade de Genève: une
enceinte de 30'000 places pour des affluences oscillant
obstinément depuis 1985 entre quatre et huit mille spectateurs
de moyenne. D’où une presque faillite l’an passé, évitée de
justesse grâce à l’arrivée du cabotin Roger. Un personnage haut
en couleurs comme seul le Servette sait les dénicher: sorte de
bateleur pour appareils ménagers reconverti dans le football. Pas
un jour sans une déclaration hasardeuse, pas une once
d’humilité et des promesses, beaucoup. De ce point de vue là,
Marc Roger est bien dans la lignée des ex-présidents du club du
bout du lac. Coluche disait: «Ce n’est pas le tout d’avoir des
valises, il faut savoir où les poser»
Eh bien, le porteur de valises qu’est Marc Roger, en choisissant
de les déposer à la Praille, ne se doutait sans doute pas qu’il
fallait bien plus que l’assentiment compréhensif et passager de
quelque investisseur espagnol pour fabriquer un grand club. Mais
on ne tirera pas plus sur cette ambulance à l’accent provençal,
tant il est vrai que ceux qui lui ont offert l’équipe et le stade clés
en mains il y a un an se chargent fort bien de le flinguer
aujourd’hui.
On peut même ajouter à la décharge de l’affabulateur que celuici
ne fait que laisser le club dans l’état où il l’a trouvé: au fond du
gouffre.