Comment se fâcher avec ses amis
Micheline Calmy-Rey et Joseph Deiss déplorent la brouille
naissante entre la Suisse et l’Union européenne.
TEXTE: NICOLAS GRANDJEAN
- Oui, Joseph, je suis fâchée, très fâchée!
- Allons, Micheline, tu te fais une montagne de tout. Je
t’assure, par Sainte-Rita, que notre cause est la bonne.
- Il n’empêche. Je suis fâchée, fâchée, fâchée. Comment!
Bruxelles se met en tête d’exiger que nous mettions sur
contrat écrit notre participation au fond de cohésion. Quel
culot, quel toupet!
- Eh! Tu connais l’Union européenne. Et tu sais bien que le
formalisme est à la mode du côté de certains
fonctionnaires et même certains ministres…
- Silence, malheureux! Et si Blocher t’entendait! Déjà qu’il
me bousille mes plates-bandes avec ma libre circulation et
mon accord de Schengen…
- Nos plates-bandes, chère Micheline, nos plates-bandes.
- Qu’est-ce que j’ai dit?
- Rien, rien.
- Et quand je pense que ce coquin, ce brochet va continuer à
m’empoisonner la vie jusqu’à la votation, j’en ai la frange
dévastée.
- Nous empoisonner…
- Pardon?
- Enfin, reconnaissons tout de même qu’il l’a jouée loyale,
devant l’UDC. Et qu’à l’Albisgütli, il n’a pas pipé mot.
- Joseph, tu m’agaces. Et tu resteras vraiment un éternel
naïf. Tu penses bien qu’avec sa bouche en coeur, il
téléguide son parti en sous-main.
- Tu vois tout en noir, décidément. Ton voyage en Asie t’a
obscurci le jugement.
- Assez avec mon voyage! Certains journaux ont été très
méchants, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi. A propos de
voyage, tu as vu le grand Couchepin? Il va au Soudan
prétendument pour visiter les pharaons noirs et il
rencontre le potentat local. Ca m’énerve, ça m’énerve…
- Calme-toi, Micheline. Et revenons à Bruxelles. Ils n’ont pas
été très contents du ton que tu as employé, sur cette
fameuse affaire du fond de cohésion.
- Je m’en fiche. Avec leurs gros sabots, ils m’ont exaspérée.
Non mais, si je promets 200 millions, c’est que je paie 200
millions.
- Nous paierons, Micheline, nous paierons.
- Qu’est-ce que j’ai dit?