DEUX MOTS ET J'ARRĘTE

Hervé Gaymard,
en duplex de Paris

TEXTE: THIERRY MEURY

«Faites comme je dis, mais pas comme je fais.» Cette maxime,
fruit du bon sens populaire, est pour le moins de circonstance
quand on évoque l’affaire Hervé Gaymard, ministre français de
l’Economie. Car d’économie, il en était surtout question lorsque
celui-ci demandait aux Français de se serrer la ceinture. Un
exercice auquel ne se livrait pas vraiment l’intéressé… Après
Juppé il y a quelques années, Sarko et ses bureaux, l’affaire du
duplex de Gaymard illustre une nouvelle fois cette fameuse
France à deux vitesses. Ou à deux étages serait-on tenté
d’écrire. Qui plus est, ledit ministre de l’Economie s’était arrangé
pour échapper à l’impôt sur la fortune, ce brave monsieur
n’ayant pas déclaré tous ses biens. Un oubli sans doute…
Mais, me direz-vous, il n’y a rien là que de très habituel, cette
énième affaire touchant un ministre français en exercice ne
devrait pas faire l’objet d’une rubrique.
Certes. Mais ce n’est pas tellement «l’affaire» qui me paraît
intéressante, mais plutôt son traitement.
Le plus surprenant étant la pudeur dont a fait preuve la plupart
des médias, les mots «menteur» ou «malhonnête»
n’apparaissant pour ainsi dire jamais. Comme souvent lorsqu’une
affaire touche un puissant de ce monde, la prudence était de
mise. On pouvait lire ou entendre des expressions comme «pris
au piège», «déficit de communication» ou, bien plus insidieux
encore, le mot «maladresse». Ce qui en l’occurrence relève d’un
monstrueux cynisme, l’homme politique malhonnête se faisant
prendre la main dans le sac n’étant considéré que comme un
maladroit, autrement dit un pauvre naïf qui ne sait pas comment
on s’y prend pour gruger le peuple, ce tas d’imbéciles.
Si bien qu’on a le sentiment que le ministre est mis au ban pour
manque d’habileté plutôt que pour mensonge et forfaiture.
Et c’est vrai que, vu sous cet angle, le malheureux Gaymard a
encore beaucoup à apprendre. Il aura tout le loisir à présent d’y
songer dans ses appartements.
Le temps ne lui manquera pas: le voici sur la touche pour un
bail…

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