Prise par le vin
Plus besoin de coucher, de persécuter Hervé, une
femme, trois enfants pour connaître enfin les joies
infinies de la maternité: il suffit de se laisser prendre
par l'ivresse, et rien que par elle, pour tomber enceinte.
Une étude menée par la revue médicale danoise
Dagens Medecin auprès de 30 000 femmes montre que
boire rend fertile. Les 15% de femmes qui buvaient
moins que la Danoise moyenne (soit quatorze verres
par semaine – ah, que la Danoise est festive!) ont dû
attendre plus d'un an avant de tomber enceintes. Me
suis pas fait prier pour appliquer à la lettre ce précepte.
Pour cette soirée très privée entre le vin et moi, ai
tamisé la lumière et préparé une petite cérémonie.
«Ceci est mon corps», ai susurré avant d'avaler pour la
première fois le liquide qui allait me rendre enfin mère.
Comme l'insémination artificielle appelle au moins deux
ou trois essais avant qu'il y ait embryon, ai répété
l'opération de déglutition. Au-delà du cinquième verre,
ai senti que je reprenais courage en la vie, en moi qui
peine tant à aimer (plus agréable à écrire que «qui
peine à me faire aimer»). Comme une brave cellule, par
division ou comme un ver de terre par reconstitution.
Me suis réveillée le lendemain dans un brouillard
éthylique avec juste une crainte: que le fruit de ma
chair porte la trace de sa conception, une petite tache
de vin quelque part sur son corps.
Béatrice Schaad