Jean Fattebert, triomphes et culture du
tabac
TEXTE: THIERRY MEURY
A l’instar de ces grands tribuns d’une époque révolue, quand
Fattebert prend la parole, un silence religieux règne dans son
auditoire. Et pour cause: rater ne serait-ce qu’une miette de son
discours pourrait vous priver d’une chute dont il a le secret. Alors
que d’autres font métier de trouver le mot qui fait mouche, la
formule qui tue, Fattebert a pour lui un comique naturel
irrésistible, une sorte de génie de l’improvisation, de don de la
répartie cinglante.
A l’inverse de Claude Frey, qui, prenant sa retraite politique, a
tenté de commencer une carrière d’humoriste, Jean Fattebert lui,
n’a pas l’intention de prendre sa retraite d’humoriste pour tenter
de commencer une carrière politique!
Dernier grand moment en date: son commentaire suite au
discours de la nouvelle présidente du Conseil national, Thérèse
Meyer. Un carton! Faisant fi du fond pour aller droit à la forme,
notre Fattebert national lance, avec une maestria qui confine à la
virtuosité, je cite: «Sans défaut y a personne. On peut lui
pardonner, c’est une femme!». (Même votre serviteur et dans un
mauvais jour, n’aurait pas osé ce trait de misogynie de comptoir.
Mais il est vrai aussi – et je l’avoue très humblement – que n’est
pas Fattebert qui veut!)
Colère de quelques-unes (elles n’ont pas le sens de l‘humour!) et
fou rires retenus de nombreux autres. Et ce n’était pas fini: ne
désirant sans doute pas laisser son public sur sa faim, l’intrépide
Vaudois n’a pas tardé à ajouter, feignant de se justifier: «Les
femmes qui me connaissent, et mon épouse en particulier (sic!),
savent le respect que je porte aux femmes. En qualité de
paysan, je sais l’importance d’une femme sur une
exploitation et dans une famille».
Fattebert a raison: rien de mieux qu’une femme qui s’occupe
bien de vos bêtes et de vos gosses!!!
Evidemment, le rire retombant, tant de bêtise prête à la
moquerie et aux sourires narquois.
Mais que ceux qui le prennent pour un vulgaire imbécile, un idiot
de la pire espèce ou un crétin congénital, se méfient néanmoins:
car ce bon Jean pourrait bien devenir un jour président des Etats-
Unis.