LA RECETTE DE L'ACTU

Vu à la télé: le bouillon Ratzinger

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Alors voilà! Ils lui reprochent, au nouveau pape, d’avoir un passé
récent de conservateur. Je précise quand même que c’était son
turbin à Benoît Joseph Ratzinger. Même quand on s’appelle
Ratzinger, patron de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ça
ne veut pas dire qu’on est le chanteur (Singer) du conseil (Rat);
ça veut dire tout simplement qu’on est plus destiné à garder la
doctrine qu’à aller danser nu sur la place Saint-Pierre avec son
cilice sur la tête.

Et puis, on a beau dire, mais moi, Benoît aussi mais l’autre, je
trouve révélateur tout de même ce monde qui s’étonne qu’on ait
élu pape un type plutôt peu suspect d’être olé-olé. Alors que
l’idéal pour les magazines people eût été un pape Pie Paul Ier (elle
n'est pas de moi). Même les protestants râlent. Ce qui prouve
bien que le choix était bon. Jo Ratzinger a toujours dit que la
réconciliation chrétienne se ferait sur la base de nos identités
propres. A peine il est pape, Benoît, que les protestants
retrouvent justement leur identité première: par définition, ils
sont faits pour protester, les protestants. Eh ben, le pape se tait
encore que déjà ils protestent. Miracle! C’est le miracle du
Vatican! Soyez les bienvenus dans la famille, bande de relaps.

A par ça, on les aime bien quand même, ces hérétiques
schismatiques. En cas de besoin, ils trouveront toujours chez
nous autres, généreux catholiques, un bol de soupe dont voici la
recette.

La soupe à la grimace, aussi appelée bouillon Ratzinger ou
encore, le plus couramment, soupe aux orties.

Ingrédients pour 4 personnes
500 g de jeunes feuilles d'orties (feuilles de 3 à 4 cm), 1 oignon,
ail, 1 cuillerée à soupe de farine, 1 cuillerée à soupe de crème
liquide.

Envoyez un protestant cueillir les orties jeunes au printemps.
En guise de pénitence, laissez-le faire sans gants. Les laver
très soigneusement (pas les gants, les orties!): tremper,
agiter, secouer (toujours avec ou sans gants, suivant qu’on
resipisce ou pas). Les mettre dans une casserole (pas les
protestants évidemment, les orties!) avec de l'eau bouillante.

Laisser cuire jusqu'à ce qu'elles deviennent molles (comme les
épinards cuits).

Egoutter (garder un peu de jus). Mixer.

Séparément mettre l'oignon taillé en petits cubes avec de
l'huile dans une poêle, rajouter les orties avec un peu de jus
pour les diluer. Laisser 20 minutes à bouillir. Rajouter l'ail
écrasé et la farine mélangée avec la crème liquide. Laisser
encore cinq minutes pour que la soupe épaississe. Rajouter sel
et poivre selon le goût. On consomme cette soupe chaude
avec du pain ou des hosties non consacrées.

On peut remplacer la farine par une patate ou une poignée de
lentilles vertes. Le pain sera avantageusement troqué contre
des croûtons à l’ail. Un rouge léger, un peu trop jeune encore,
mais déjà prometteur accompagnera le tout. C’est si bon,
qu’on lape et qu’on relaps (vous chercherez dans le
dictionnaire, ça vous fera du bien). Et bon appétit.

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