LA LETTRE D'AMOUR

L’obscénité de Jornot

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Olivier Jornot, mon inconvenant, si la politique ne
te réserve pas les satisfactions désirées, tu devrais
te reconvertir dans le théâtre vaudeville. En faiseur
de cocus magnifiques, tu devrais y faire merveille.
Ce ne serait que du théâtre, bien entendu, mais ce
serait aussi bel et bon que lorsque tu tentes de
justifier l’apparentement de ton libéral parti avec
l’UDC. Passons d’abord sur l’inévitable bon mot du
premier acte: «Un apparentement avec l’UDC, distu
en substance, n’a rien de politique, il s’agit
d’une mesure purement technique…» Curieuse
conception de la politique: l’apparentement évite
les déperditions de voix inutilisées. A ce titre, tous
les apparentés assurent tous les sièges du bloc
apparenté. Techniquement donc, puisque c’est ton
mot, les libéraux acceptent aujourd’hui d’assurer
les sièges de l’UDC et vice versa et cela me paraît
finalement assez politique et il ne suffit pas de s’en
cacher pour faire croire le contraire. Voilà pour la
rubrique «Ciel mon mari, cache-toi vite dans le
placard!»

On rit.

Le second acte n’est pas moins drôle. Tu agites le
spectre des élections neuchâteloises pour évoquer
la possible perte de ta majorité à Genève si l’union
sacrée n’est pas réalisée. Olivier, pauvre écrivain
de saynète, il faut apprendre à compter: si la
majorité a tourné à Neuchâtel, ce n’est en tout cas
pas faute d’un apparentement avec l’UDC. C’est en
revanche, peut-être, faute d’une entente avec un
PDC très gauchisant. Voilà pour le classique «A qui
appartiennent ces chaussettes de pointure 42 que
je trouve sous le lit?»

On rit.

Le dernier acte est moins drôle. On t’entend
expliquer que la droite risque, faute
d’apparentement avec l’UDC, de perdre bêtement
la majorité pour des raisons de «convenance
éthique». Quelle maladresse, Olivier, d’avoir lâché
ces mots! Ils signifient que l’éthique interdit
évidemment cet apparentement, mais que, comme
ça ne convient pas, tant pis pour l’éthique. En
somme, à t’entendre, pour les libéraux, la
conservation du pouvoir prime l’éthique, les
convictions, la foi et tout le reste.

Hélas, hélas, on quitte ici le vaudeville pour entrer
dans le porno. La politique comme tu la fais,
Olivier, c’est obscène.

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