L'HYPOCONDRIAQUE

Des maux entre les lignes

Cela a immédiatement fait germer une grande idée
dans ce qui me sert de cerveau: une étude menée à
l'Inserm en France montre que des mots lus
inconsciemment peuvent susciter des émotions
positives ou totalement effrayantes. Des mots qu'on a
vite lus, un peu comme ceux du quotidien Le Matin et
dont – comme dans Le Matin – il ne vous reste rien. Du
moins consciemment parce que, subliminalement, ils se
gravent dans votre cerveau. «Hervé, j'ai dit, lorsqu'il eut
repris son souffle après m'avoir hussardement honorée,
j'ai quelque chose à te faire lire.» Dans un texte, une
brève synthèse du Conseil fédéral sur les votations de
l'entrée de la Suisse dans Schengen, j'avais glissé ces
mots: «Seul un divorce immédiat, la vente de ta maison
de Bremblens et ton installation avec ma sublime
personne te ramèneront au bonheur.» J'ai pratiqué
comme les scientifiques avec leur cobaye: j'ai soumis le
texte au regard d'Hervé, mais l'ai retiré plusieurs fois
violemment, prétextant un nouveau tic nerveux. Paraît
que c'est ainsi que se pratique la lecture inconsciente.
Les mots ne doivent pas être soumis à la pupille durant
plus de vingt-neuf secondes pour provoquer
inconsciemment l'émotion recherchée. Bon, avec
Hervé, la difficulté, c'est que c'est un émotif rentré.
Avant de repartir dormir à Bremblens, m'a lâché sur le
pas de la porte: «Voterai non!» Pas osé lui demander si
c'était de Schengen qu'il parlait. Me suis dit que
j'assistais en direct à l'agitation de son insconscient.
Tant qu'il vote pour moi.

Béatrice Schaad

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