LA UNE

Grrr... Les dentistes nous tondent

Trois milliards de francs par an! C'est ce que les Suisses dépensent
chez le dentiste. Un boom renforcé par le délire hygiénico-esthétique
ambiant. Les nouveaux spécialistes ont la banane.

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

C'est simplement astronomique. Aujourd'hui, les Suisses dépensent 3
milliards de francs par an chez le dentiste. La surenchère est folle, ils
sont prêts à s'infliger toutes les tortures: blanchissage, polissage,
reformatage, replantage, rebouturage, arrachage, appareillage. Les
nouveaux diktats de la beauté buccale justifient tous les martyres.
Certains médecins l'ont parfaitement compris qui mordent à belles
dents dans ces nouveaux revenus extraordinaires. Qui agitent sous le
nez du patient toutes sortes de nouvelles techniques supposées lui
assurer amour, gloire et estime de lui-même. Sans jamais penser que
c'est à eux de prendre la responsabilité de poser une limite au délire
consommatoire. Attention, on ne parle pas ici des médecins-dentistes
qui soulagent des problèmes graves. Non, il s'agit bien de la
médecine dentaire esthétique, la dernière-née des sous-spécialités de
la dentisterie qui ne s'occupe qu'accessoirement du nécessaire mais
essentiellement du pur, du plus pur superflu. «Celle qui fait le leurre
et l'argent du leurre», dirait l'écrivain Daniel Schneidermann.
Car l'offre s'est incroyablement perfectionnée, technicisée. La bête
brosse à dents manuelle est devenue un délire de prouesses
technologiques: nouveau flic dans votre salle de bain, elle vous alerte
si vous pressez trop fort sur vos gencives (à quand la décharge
électrique?) ou si – vilain pas beau – vous gardez votre brosse à dents
au-delà de la durée réglementaire, les poils changent alors de couleur
pour gagner un aspect peu ragoûtant que vous n'oseriez pas même
montrer à votre porte de cabinets. En cabinet, c'est un acte
quasiment prométhéen auquel s'adonnent les esthéticiens-dentistes.
Ils ne sont d'ailleurs pas peu fiers de leur nouvelle position, au
septième ciel même: «Vous rendez-vous compte, s'enthousiasme
celui-ci, à la tête d'un florissant cabinet, nous sommes comme les
premiers pilotes d'un Airbus, désormais, on pose des implants par
GPS.» On en reste bouche-bée.
Face à ces avalanches de nouvelles techniques, qui oserait prétendre
qu'il n'a besoin de rien? Qu'il est bien assez beau comme ça? Plus
grand monde, comme le décrit l'auteur anglo-saxon, Aldous Huxley:
«La médecine a fait tant de progrès que plus personne n'est en
bonne santé.» Les parents suisses sont tombés dans le piège: ces
dernières années, ils ont fait poser un appareil dentaire à un enfant
sur trois. «Jamais, de toute l'histoire, autant de gamins n'ont subi un
traitement orthodontique», confirme-t-on à l'Université de Genève.
Et, plus grave, «la moitié d'entre eux, reconnaît-on, à la Société
suisse d'odontostomatologie (SSO), n'en avait sans doute pas
fondamentalement besoin médicalement, mais plutôt pour satisfaire
l'envie d'esthétique des parents.» Quand les moyens sont là, «dans
cette société où tout le monde doit avoir la tête de Leonardo
DiCaprio, ils ont l'impression d'être de mauvais parents s'ils
n'investissent pas dans la bouche de leur enfant», commente Etienne
Barras, médecin-dentiste à Sion.
A la question «existe-t-il des dentistes capables de refuser une
intervention inutile sur le plan de la santé mais vouée à améliorer
l'apparence?» la réponse des esthéticiens est ambiguë à souhait:
«Nous ne sommes pas là pour limiter le désir de beauté des gens.».
Et le désir est fort, ainsi cette femme qui s'est fait remplacer
pratiquement toutes les dents pour 47 000 francs – opération
beaucoup plus complexe et onéreuse qu'un dentier. «Changer mes
dents, c'était un projet de vie, je me suis privée de vacances et d'une
nouvelle voiture, et c'est sans regrets.»
Encouragement à la consommation de soins, déresponsabilisation,
autant de dérives du métier qui en agacent plus d'un au sein de la
profession. Signe du malaise interne, la SSO n'a d'ailleurs pas
reconnu la sous-société qui regroupe les esthéticiens. «Ces praticiens
abusent de la médecine dentaire. Ils se disent médecins-dentistes,
mais devraient s'appeler commerçants-dentistes», lâche sans détour
Jean Monney, trente-huit ans de pratique.
Mais pourquoi la bouche? Pourquoi ce trou noir est-il devenu le
nouveau terrain de chasse de nos phobies modernes? Jean-François
Amadieu, auteur du livre Le poids des apparences, avance cette
réponse: «Depuis le milieu du XVIIe siècle, on est convaincu que tout
ce qui nous éloigne du naturel nous élève socialement. Odeur, poil,
sudation, on pourchasse tout.» Et, archaïque, la bouche l'est sans
aucun doute. Lisez ceci: «Avez-vous déjà regardé une bouche
humaine ronger un os? Elle lèche, grogne, broie, insensible à la
politesse, aux bons usages, à la civilisation», observe le médecin
Claude Olivenstein dans Ecrits sur la bouche.
Et puis, il y a «le poids des apparences» justement. Etre beau mais
surtout «socialement acceptable, professionnellement engageable,
aimable, passe par la bouche, lâche Jean-François Amadieu qui dirige
l'Observatoire français des discriminations à Paris. Tous les
magazines nous le font croire. Si j'ai de belles dents, je vais mordre
dans la vie, c'est la preuve ultime que j'ai pris mon destin en main.»
Mais, ce destin, le tenons-nous vraiment en main autant que nous le
fantasmons? Lors d'un direct télévisé il y a quelques années, la
chanteuse Rita Mitsouko avait perdu une dent artificielle devant des
millions de téléspectateurs. Depuis, elle passe dans tous les bêtisiers
de Noël. On imagine qu'il y a plus flatteur pour une rockeuse. Alors
quoi? La refabrication du corps va-t-elle faire naître de nouvelles
peurs d'être démasqué (implants mammaires qui explosent, lifting
qui lâchent) pour lesquelles il faudra alors de nouveaux spécialistes
qui s'occuperont de les soigner à grands frais?
En gros, comme s'en amuse l'écrivain Paul Cravel, le choix existentiel
capital aujourd'hui se résume à «plutôt embrasser une vache folle sur
le mufle qu'une fumeuse sur la bouche». La bouche a changé de
mission une première fois, cessant d'être le relais essentiel du plaisir.
Voilà que, avec la dentisterie esthétique, elle a pour mission de nous
ramener job, aura, grand amour et réussite sociale. Et si, à force de
chasser le naturel, c'est le goût de la vie lui-même qui finissait par
être avalé?

3 000 000 000

Les 3 milliards de francs dépensés par les Suisses pour leurs dents
équivalent à:

– 2 fois les dépenses 2005 du Département fédéral de justice et
police
– 88 fois le budget de Pro Helvetia
– 55 fois le transfert de David Beckham au Real Madrid
– 1,8 fois l'aide publique au développement
– 120 fois l'aide d'urgence accordée par la Confédération à l'Asie
après le tsunami
– 29 avions F/A-18 (tarif de leur année d'achat: 1993)
– 540 chars militaires gren (tarif de l'année de commande: 1998)
– 55 avions de transport Casa C-295M (le rêve de Samuel Schmid,
l'achat de deux appareils a été refusé par les Chambres cette
année)
– 112 hélicoptères Super Puma (tarif de 1998)
– 375 rénovations de la place Fédérale (faite en 2004)
– 200 668 fois le tour du monde par Hotelplan (offre de juin 2005)
– 2 fois le prêt accordé à Swissair par la Confédération en 2001
– 33% des effets du tabagisme en Suisse (traitements médicaux,
perte de production et de qualité de vie, étude de 1995)
– les coûts générés par l'économie à cause de la consommation
d'alcool (étude de 2002)
– 37,5% des subventions directes et indirectes aux paysans suisses
– 20,6% des dépenses de la Confédération pour les assurances
sociales
– 63,8% des dépenses fédérales pour l'armée
– O,8% des dépenses du Congrès américain pour la lutte contre le
terrorisme depuis le 11 septembre (y compris la guerre en Irak)

Une gueule à 100 000 balles

Dépenser une fortune dans sa bouche? C'est possible. Voici un
exemple de douloureuse.

Prenons Séverine, très à cheval sur sa dentition. Elle a obtenu de la
part de ses parents qu'ils lui offrent pour son quatorzième
anniversaire...

un traitement orthodontique 14 000 fr.

Quelques années plus tard, notre patiente décide de faire blanchir
ses dents en cabinet, elle s'offre...

un bleaching 1000 fr.

Devenue adulte, elle est obsédée par le chevauchement de certaines
de ses dents qu'elle trouve disgracieux. Elle décide de s'offrir un
nouveau traitement orthodontique avec des bagues sur la face
interne de ses dents...

un traitement orthodontique 15 000 fr.

Séverine trouve que le blanchiment n'a pas donné les résultats dont
elle rêvait. Qu'à cela ne tienne, son dentiste-esthéticien lui propose le
nec plus ultra, la couverture de toutes ses dents, sauf les quatre
dents de sagesse, par une fine couche de porcelaine. Il lui propose
«un tarif d'ami»...

une couverture en porcelaine à 2000 fr. la dent 56 000 fr.

Enfin, Séverine entend parler de la possibilité de faire une petite
chirurgie esthétique sur ses gencives qui sont trop développées à son
goût. Son chirugien lui promet de régler ça en un tournemain...

une gingivoplastie (avec complications) 10 000 fr.

Total 96 000 fr.

La beauté buccale en cinq commandements

Voici cinq nouveaux commandements que les dentistes-esthéticiens
ont réussi à imposer dans la grand-messe de la beauté dentaire.

1. Pour des dents droites, des fortunes tu flamberas
Saviez-vous qu'il existe une nouvelle tare, un défaut majeur qu'il
convient, si vous êtes dans le vent, d'éliminer vite fait bien fait?
L'espace interdentaire genre Yannick Noah, ce que les naïfs, les
ringards osent encore appeler les dents du bonheur. On veut des
dents droites comme des «i», rangées, classées comme les petits
soldats de Samuel Schmid un jour de défilé. «Dans la société actuelle,
les parents en viennent à se demander si leur enfant ne risque pas de
pâtir d'un sourire dissymétrique lorsqu'il devra trouver un emploi»,
lance en boutade le directeur de l'Observatoire français des
discriminations, Jean-François Amadieu. Dans tous les cas, ils
interviennent à tour de bras et beaucoup plus qu'auparavant pour
améliorer leur rejeton, ce précieux, ce sublime prolongement d'euxmêmes
pour qui rien n'est assez cher. Un traitement orthodontique
coûte aujourd'hui de 3000 à 4000 francs jusqu'à des 20 000 francs.
«Les parents regardent beaucoup moins à la dépense qu'autrefois et
ils multiplient les contrats d'assurance», constate l'orthodontiste de
Brigue, Rudolf Fantoni.
Les appareils ont suivi la courbe de cette spectaculaire demande, ils
se sont modernisés, les matériaux qui les constituent sont devenus
fabuleusement complexes. Quand ils en ont les moyens, les adultes
ne regardent pas non plus à la dépense, ni à l'effort pour leur propre
dentition. Car, au-delà de 25 ans, le traitement si l'on veut qu'il tienne
sur la longueur, peut durer jusqu'à quatre ans. Quatre ans de bagues
dans la bouche, de filaments des rôtis dominicaux qui s'y coincent, de
baisers bagués à donner, bref «il faut être très, très motivé»,
commente Jean Monney, médecin dentiste à Nyon. Autant dire,
comme on le confirme chez Helsana ou au Groupe Mutuel que – à
moins de faire partie des cas invalidants – «ces frais-là sont à la
charge du patient». Et pourtant... Si la demande pour ce genre
d'intervention était, il y a dix ans encore, rarissime, «aujourd'hui, elle
est quotidienne», confirme Rudolf Fantoni.
Seulement voilà, «encore faut-il que les orthodontistes sachent
intervenir correctement dans toutes ces bouches», s'inquiète Jean
Monney. Ah bon? Parce qu'il y a un doute? «La formation des
orthodontistes se concentre essentiellement sur des aspects
esthétiques, s'inquiète ce spécialiste de mécanique masticatoire, exprésident
de la société européenne du même nom. Or, lorsque vous
forcez les dents à se déplacer par le biais d'un appareil, il peut en
résulter de grands bouleversements dans les os du crâne notamment.
Cela va générer des contre-tensions ailleurs, certains patients
développent par exemple des névralgies violentes.»
Quand on sait qu'une simple déglutition de la salive mobilise le corps
dans son entier (autant que la marche), on imagine aisément à quel
point il peut être délicat d'imposer un appareil dans la bouche. Mais
voilà, la gnathologie – étude des mouvements de la mâchoire – a été
abandonnée en Suisse qui lui préfère l'implantologie – «normal,
toutes ces vis, tous ces boulons, cela rappelle l'horlogerie», ironise
Jean Monney. Lui est catégorique: «Lors de chaque intervention
esthétique, surtout chez des enfants, on devrait se poser très
sérieusement la question des effets secondaires...» Hmmmm, à bien
y réfléchir, cet espace interdentaire, il a du chien, non?

2. Le poil, tu révéreras
La brosse à dents, un vulgaire bâton avec des poils au bout? Vous
voulez rire! Le marché garantissant de belles retraites à leurs
fabricants, ceux-ci ont, ces dernières années, brossé très dur. Les
Suisses sont en effet les plus gros consommateurs mondiaux avec 18
millions de brosses usées par année, soit environ 2,5 ustensiles par
personne, juste derrière les Japonais, mais loin devant les Turcs qui
usent à peine – ô les vilains – une brosse tous les... trois ans. Adrian
Pfänniger de Trisa estime que, d'ici à 2015, «le marché européen
atteindra 1,5 milliard de brosses à dents par an contre 900 millions
aujourd'hui».
Résultat: «Il existe pas moins de 150 modèles différents», se réjouit
Daniel de Perrot propriétaire de Denblanche à Lausanne, un magasin
entièrement consacré à la passion de l'hygiène buccale. Du poil
tendre comme celui d'un chat angora au poil mi-souple en soie (de
Chine du Nord?), de la forme aérodynamique à la cambrure qui
rappelle celle de mes 20 ans.
Mais c'est au rayon des brosses à dents électriques qu'on goûte au
vrai délire. Pour exemple, cette brosse à dents à «brossage rotatif
oscillatoire ultrarapide» ou sa cousine germaine et «ses deux brosses
contrarotatives qui brossent simultanément les faces interne et
externe des dents». Encore rien en regard de cette Rolls qui promet
«un brossage en 3D combinant 20 000 pulsations et 7600 oscillations
par minute». Et, après cela, s'il vous reste encore des dents, saluez la
prouesse.
Si vous craignez la persistance d'une fibre d'asperge entre deux
prémolaires, il vous sera fortement conseillé de vous acheter «un
hydropulseur mono- et multijet». Mais surtout, surtout ne pas oublier
cet accessoire indispensable à l'hygiène buccale «la râpe utilisée pour
gratter la langue afin de réduire la mauvaise haleine, qui élimine les
flores bactériennes variées, les débris alimentaires, les débris de la
plaque dentaire, les cellules mortes des parois buccales...». Vous le
saviez, vous, que votre bouche était cet antre répulsif? Enfin, dernière
née: la lingette buccale «à utiliser après le repas mais avant le Jules»,
qu'on frottera consciencieusement dans les recoins buccaux les plus
obscurs. La garantie d'être bien propre, mieux poli qu'avec du papier
de verre. En un mot comme en mille, susceptible d'être aimé selon
les barèmes du XXIe siècle.

3. La dent blanche jusque dans ta tombe, tu garderas
Aujourd'hui, l'indécence suprême est de posséder des dents qui ne
soient pas blanc pur, blanc victorieux, blanc comme celle du clown
noir sur les emballages du chocolat en poudre Banania. Même le
blanc cassé est soupçonné de cacher une hygiène douteuse, et donc,
par légère digression, une personnalité douteuse. Comme le
claironne la publicité de cette clinique: «Un sourire éclatant n'est pas
seulement la base d'une confiance sans pareille, mais il est aussi
étroitement lié au succès professionnel et privé.» A bon entendeur.
Ceux qui resteront sur le carreau l'auront bien cherché.
Le marché regorge ainsi de différents produits plus ou moins
agressifs. Premiers prix: les techniques à faire chez soi comme des
gels à appliquer deux fois par jour qui coûtent quelques dizaines de
francs mais que la SSO juge dangereux. Cependant, les
professionnels de l'esthétique recommandent fortement – ô surprise –
un traitement en cabinet qui coûte entre 400 et 1000 francs. Après
empreinte, le dentiste programme des gouttières anatomiques sur
mesure qui seront remplies d'une substance «autoactive» – un gel
contenant du peroxyde. Cette substance chimique s'infiltre jusqu'à la
dentine (la couche qui se trouve au-dessous de l'émail). Le peroxyde
cause une oxydation (une réaction chimique avec l'oxygène) sur les
pigments. Les cabinets férus d'esthétique s'époumonent à dire que
«le blanchiment dentaire ne présente aucun danger pour la santé».
Médecin-dentiste à Nyon, Jean Monney souligne pourtant que
«toucher à l'émail d'une dent saine peut être extrêmement agressif,
voire contre-indiqué». Il n'est qu'à lire les recommandations de l'un
des multiples produits utilisés par les professionnels pour claquer des
dents: «Ne pas utiliser le traitement en cas de diabète, de maladie
cardiovasculaire. Certaines personnes peuvent présenter une
sensibilité au niveau des dents, des gencives, de la langue, des
lèvres, de la gorge.» Quant à la garantie d'obtenir à vie le sourire de
Bruce Willis ou de Joan Collins, la star de la série Dynasty (avant sa
période dentier), elle n'est pas non plus assurée: «Certains patients
n'ont pas besoin de recommencer le processus, mais, pour les autres
malheureux, explique encore le prospectus, il est possible d'effectuer
un blanchiment d'entretien pendant une à trois nuits – accrochezvous
à la gouttière – tous les quatre à six mois». Mais, au fait, l'urine
qu'utilisaient les Romains pour blanchir leurs dents, elle avait aussi du
bon, non?

4. De la discipline dans la gencive, tu auras
Vos dents sont droites? Elles sont belles blanches? Las pour autant,
vous n'êtes peut-être pas aussi dentalo-calibré sur l'époque que vous
ne le pensiez. Car avez-vous considéré de près la beauté de vos
gencives? Oui, cette viande bien cachée de laquelle les canons de
beauté se fichaient jusqu'ici éperdument, mais dont il est attendu
aujourd'hui qu'elle soit comme le reste: standardisée. Trop basse ou
trop haute, elle vous handicapera peut-être dans vos relations. Rien
que ça. Vous allez alors vous faire dire le pire: que ces gencives
entament votre sourire, qu'elles l'assombrissent. Une bonne, une
brave gencive qui n'intéresse pas l'esthéticien a un éclat rose clair,
elle est ferme et remplit complètement les espaces entre les dents.
Si, en revanche, elle est trop développée au point de, par exemple – ô
enfer – «relever la lèvre supérieure et déséquilibrer votre sourire»
peut-on lire sur ce site spécialisé, elle exige sans plus attendre une
chirurgie plastique qui «relâchera le muscle de la lèvre supérieure».
Là encore, il faut donc être prêt à souffrir. Car on ira prélever dans
votre bouche quelques tissus que l'on collera sur les zones
disgracieuses. Pour la rendre peut-être plus attractive, les
esthéticiens nomment cette intervention l'«esthétique rose». Tout le
reste est noir, à commencer par le prix: de 300 à 3000 francs.

5. De la porcelaine sur chaque dent, tu colleras
Le blanchiment, c'est bien, mais il y a mieux, financièrement parlant
s'entend, si l'on se place du côté du porte-monnaie de l'esthéticiendentiste:
c'est la couverture des dents par une coque de porcelaine
ou de céramique. Comme l'explique ce professionnel: «Ce que les
gens ignorent quand ils se blanchissent les dents, c'est que cela n'a
aucun effet sur les fausses dents. Du coup, le choc quand on sort de
discothèque, dans le noir, tout paraît parfait, mais, si l'on y regarde
de près, c'est désolant.» Certains, décidément, vivent des drames...
Srebrenica à côté...
La dentisterie esthétique a développé ce miracle technologique que
sont les facettes. «Dans nos cliniques dentaires, nous les utilisons
dans les situations suivantes: malpositions, dents trop courtes ou trop
petites, dents cassées, surfaces altérées ou irrégulières, nécessité de
modifier la teinte d'une dent», explique-t-on chez Mund-Art en Suisse
alémanique. «Légèrement transparente, il est pratiquement
impossible de la distinguer d'une dent naturelle, même en pleine
lumière.» En outre, la céramique est bien tolérée et ne présente
aucun risque biologique. Les facettes peuvent parfois «tenir» jusqu'à
quinze ans et plus, «à condition, bien sûr, de procéder à des contrôles
réguliers et de prendre soin de ses dents». Allez comprendre ce que
cette précaution oratoire suppose. Dans tous les cas, les éventuelles
corrections sont bien évidemment presque toujours à la charge du
patient.
Enfin, ce qu'il faut savoir, c'est que ces collages représentent un
investissement exorbitant: dans le cas de la clinique Mund-Art,
chaque dent coûte la modique somme de... 2000 francs pièce. Et
alors? Pas de quoi émouvoir Markus Lorch, l'un des praticiens qui a
lui-même recouvert toutes ses dents: «Certains se paient un collier de
pierres précieuses et le portent sous le menton. Mes patients ont
choisi de porter leurs bijoux au milieu du visage.»

Un bridge sur la frontière

Les différences édifiantes de tarifs entre la Suisse et la France font le
beurre des dentistes en zone limitrophe.

Dévitalisation de la racine
Une racine 607% plus cher en Suisse
Deux racines 522% plus cher en Suisse
Trois racines 410% plus cher en Suisse

Plombage - restauration
Une face 262% plus cher en Suisse
Deux faces 275% plus cher en Suisse
Trois faces 174% plus cher en Suisse

Détartrage
(Trente minutes) 266% plus cher en Suisse

Extraction
Une racine ou dent de lait 8% plus cher en Suisse
Dent à plusieurs racines 53% plus cher en Suisse
Avec séparation radiculaire 312% plus cher en Suisse
Avec volet 586% plus cher en Suisse

Extraction dent de sagesse
Sans fractionnement de la dent 120% plus cher en Suisse
Avec fractionnement de la dent 208% plus cher en Suisse

Source: 100 frontières, le magazine de la nouvelle région francosuisse
sur la base d'une valeur du point à 3 fr. 26.

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