Les machos sur la bonne voix
Quand je vous dis que mon Hervé, c'est le roi des types,
je peux le prouver, et scientifiquement. Si, depuis
quatre ans, il reste sourd à ma requête de quitter
Bremblens, femme et villa contiguë, ce n'est pas qu'il
ne veut pas m'écouter, c'est qu'il ne peut pas
m'entendre. Une étude de l'Université de Sheffield vient
de démontrer qu'il est beaucoup plus difficile pour un
homme d'analyser les sons émis par une gorge de
femme que par les représentants de son sexe. Pour un
garçon, être complètement attentif à ce que lui dit une
fille est un gros effort cérébral qui mobilise les même
zones du cerveau que quand il écoute de la musique. A
peu près aussi exigeant que de suivre Ballade pour
Adeline, de Richard Clayderman, par exemple. D'où ce
rictus facial, cet oeil vide, cette mâchoire relâchée et
ces bras pendants jusqu'aux rotules caractéristiques
chez l'individu mâle lorsqu'il écoute sa femme. Me suis
dit qu'il me restait une chance si je voulais faire en
sorte qu'Hervé m'entende aussi quand je me refuse à
lui et qu'il freine au lieu d'avancer sur moi à l'instar des
chars suisses en Irak. Pour avoir enfin une vraie
conversation avec lui, un «échange» comme on dit dans
les magazines, ai modulé ma voix, l'ai rendue plus virile,
ai réussi me semblait-il à chuter de deux octaves, mais,
quand j'ai fait l'expérience, il m'a répondu: «Faudra que
tu fasses venir le plombier, tes canalisations font de
drôles de bruits.»
Béatrice Schaad