LA RECETTE DE L'ACTU

Gigot de bélier au caillou d’Unspunnen et
aux lingots

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

C’est-à-dire que, moi, les adolescents attardés façon Bélier, je
m’en méfie. Surtout lorsqu’ils peinent à se renouveler. Quel
manque d’imagination, quelle pauvreté dans l’inventivité, quelle
morosité dans la création… Voler la pierre d’Unspunnen pour la
deuxième fois, c’est si bête que même la police n’y avait pas
pensé. Eux, les Béliers, si. Ils ont pensé que la séquestration du
caillou servirait leur cause. Comment au juste? Par l’horrible
menace et l’effroyable chantage: «Si vous ne réunissez pas le
Jura, on casse le caillou…»
Voilà.
Pour rappel, la Suisse est composés à plus de 60% de cailloux,
dont quelques-uns pointent à plus de 4000 mètres d’altitude. Il
n’est pas certain que la perspective d’en voir un de cassé suffise
à terroriser durablement le landernau politique.
Pour ces comiques troupiers, ma recette: le gigot de bélier au
caillou d’Unspunnen et aux lingots.
Ingrédients (pour 4 Jurassiens): 1 pierre d’Unspunnen de 80 kg
environ, 1 gigot de bélier (pour faire moins épicé, on peut
remplacer par un agneau, mais c’est pas le genre du Bélier) de
1,2 kg, 200 g de haricots blancs secs type «lingots», 2 oignons
hachés, 2 gousses d'ail non épluchées, 2 carottes en dés, 1 c. à
s. de concentré de tomates, 1 bouquet garni (thym, laurier,
persil), 20 cl de fond d'agneau, 2 c. à s. de sarriette hachée, 2 c.
à s. d'huile d'olive, sel, poivre.
Technique: d’abord, il vous faut mettre à tremper les haricots
dans l'eau froide pendant douze heures. Mettez à profit ce temps
pour aller dérober la pierre d’Unspunnen et trouver le bélier.
Sitôt que vous avez repéré le bélier, chantez-lui la Rauracienne
pour endormir sa méfiance. Si ça ne marche pas, lisez-lui un
discours de Roland Béguelin. Attention, les béliers de l’Oberland
ne parlent qu’allemand: pour pallier toute éventualité, la
Rauracienne et le discours doivent être traduits préalablement.
«Unissez-vous, fils de la Rauraciiiiiie – Einigt euch, Töchter une
Söhne der Rauraciiiiiiie…» Si tout va bien, à la fin de «unissezvous
et donnez-vous la main», le bélier vous tendra son sabot.
C’est le moment. Profitez de son élan de solidarité autonomiste
pour lui abattre violemment la pierre d’Unspunnen sur la tête.
Abandonnez sa dépouille (afin de brouiller les pistes avec
l’affaire du sadique zoophile) et ne prenez qu’un gigot. Dans une
cocotte, faites dorer le gigot sur toutes les faces dans l'huile
frémissante, ajoutez-y les oignons, les gousses d'ail (en
fredonnant cet air typique des autonomistes: notre amour sent
l’ail, y faut qu’tu t’en ailles), les carottes, le concentré de
tomates délayé dans 15 cl d'eau chaude, le sel et le poivre.
Ensuite, couvrez et laissez mijoter, six heures, à four réglé sur
150° C (th 5).Ensuite, rincez les haricots et faites les cuire
quarante-cinq minutes à l'eau bouillante salée additionnée du
bouquet garni, égouttez. Versez enfin les haricots dans la
cocotte avec le fond d'agneau, la sarriette, le sel et le poivre,
terminez la cuisson, une heure toujours à four chaud, retournez
le gigot à deux reprises.
Servez chaud avant de rendre la pierre d’Unspunnen à l’épouse
d’un ambassadeur tout en précisant que vous viendrez la
rechercher l’an prochain (la pierre, pas l’épouse) pour des
nouvelles agapes.

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