CE QUE JEAN DIT

La proximité du Nil

TEXTE: DENIS MAILLEFER

Je me suis dit ce gaillard avec la bobine de maigrichon
qu'il se paie, et pis avec tout ce bastringue médiatique
qu'y fait pour son bouquin, il peut toujours se brosser
pour que je me l'achète, c'est vrai, au fond on n'est pas
juste des consommateurs qui consomment sans penser
et qui doivent se la coincer. Sans compter que moi je
suis pas trop le gars qui lit beaucoup, des trucs policiers
des fois, ou alors, mais surtout quand j'étais jeune, des
SAS, des fois en entier, mais des fois aussi j'ai pas honte
de le dire les passages de cul pour s'astiquer un peu,
hein, faut bien que jeunesse se fasse, tout ça pour dire
que je suis pas fourré chez Payot en permanence,
même les bédés j'aime pas trop je comprends jamais
rien c'est trop futuriste. Alors ce Ouailebec, avec ces
manies de Parisien emmerdant, j'allais pas me fatiguer
ni le cerveau ni les yeux pour son petit nombril, mais
ma femme, je sais pas ce qui lui a pris, elle me l'a
acheté, elle a dû lire un article dans Femina ou dans
Elle chez son gynéco, ou alors c'est une de ses copines
de la gymn dames qui lui en a causé, toujours est-il que
me voilà avec le livre, et pas un livre rikiki, un pavé qui
va chercher dans les cinq cents pages. Alors, moi
qu'est-ce que je peux faire d'autre que le lire, au moins
essayer? Bon. Je me disais que peut-être, au moins, ça
remplacerait mes pilules pour dormir, eh ben non, j'ai
croché. Et pis je dois dire, dit JEAN pour une fois
admiratif, que j'ai bien aimé. En lisant, je me sentais
bien, un peu comme un Egyptien quand il est dans la
proximité du Nil. Bien sûr, ça fout un peu la trouille,
toute cette combine de clonage, mais faut reconnaître
que ça existe et que ça vaut le coup d'en causer. Et pis
comme homme plus si jeune, ça m'a fait réfléchir,
toutes ces théories sur la jeunesse qui commanderait le
monde dans un futur pas si lointain. Et pis aussi j'ai bien
aimé comme il décrit les scènes olé-olé, mais aussi ce
qu'il dit sur l'amour. C'est beau, je dois dire. Je vais pas
tout vous raconter, pas comme ce Frésard qui écrit
dans ce magazine de nanas gauchistes et qui raconte
toujours la fin des bouquins qu'il a lus rien que pour
nous gâcher le plaisir moi j'aimais mieux quand il faisait
La soupe ma femme aussi d'ailleurs, donc pour la fin
faudra vous le farcir, le livre, mais vous verrez, vous le
regretterez pas, vous me direz, dit JEAN, qui laisse pour
une fois l'Autre parler.

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