Achète du Germanier, c'est du bon!
C'est pas drôle tous les jours, le Palais fédéral. Mêmes
couloirs, mêmes cravates, mêmes gueules: allez faire
de l'image avec ça, cette misère! La TSR a souvent bien
des soucis. C'est pourquoi elle était ravie, l'autre soir,
d'animer un peu son 19:30. Un magnifique reportage
sur la visite des parlementaires radicaux et libéraux et
de deux conseillers fédéraux dans les vignes de leur
collègue, le conseiller national Jean-René Germanier.
Scènes de politiciens aux vendanges, rien que du
bucolique.
Et du drôle aussi, comme ce moment où le libéral
Claude Ruey tend le sécateur au conseiller fédéral
Hans-Rudolf Merz: «Tiens, c'est pour les finances!» Et le
ministre radical de répondre, hilare: «Mais il n'y a plus
rien à couper!» Suivi d'une belle ode à la raclette, par
Pascal Couchepin. Ah ça, on en avait plein les yeux,
cette fois-là, au TJ. Quoi de plus doux que quelques
minutes de détente au coeur d'une session si lourde,
pleine de durcissement de l'asile et de hausses de
primes maladie? La TSR – c'est tout à son honneur –
prend très à coeur son rôle de divertissement... surtout
hors des cases qui lui sont dédiées.
Au passage, le téléspectateur chagrin aura noté la
formidable publicité gratuite offerte aux vins Germanier.
Ils étaient déjà les plus vendus du Valais, on sait
désormais qu'ils sont aussi les plus malins. Agriculteurs
suisses, prenez-en de la graine (si l'on ose dire): cessez
de vous ruiner dans le tournage et la diffusion de
publicités blafardes, invitez plutôt les politiciens au bon
moment. Christoph Blocher à la cueillette des pommes,
Micheline Calmy-Rey pour déterrer les asperges et
Joseph Deiss pour la traite des vaches. Et en avant la
promo!
Une chaîne de service public devrait être
particulièrement attentive à la séparation entre
information et publicité? Moderne, la TSR n'en est plus à
ce genre de distinctions désuètes. Pour une belle image,
elle préfère laisser l'éthique là où elle vieillit le mieux: à
la cave.
Ariane Dayer
P.-S.: La rédaction de Saturne, consciente de la
modestie de sa diffusion, se contentera de la moitié de
la caisse que la cave Germanier a envoyée à Gilles
Marchand, le directeur de la TSR (Mytis et Cayas
acceptés). Le genre d'échanges de bons procédés qui
entretiennent l'amitié et donnent une si belle image de l'indépendance des médias.