«Ne pas s’aimer est plus facile quand ça vient des autres, au moins on peut les traiter d’abrutis»
TEXTE: IVAN FRÉSARD
C’est beau ça, en ouverture de chronique! Certains sont déjà en
analyse du sens profond de ce, certes, magnifique et très
accrocheur titre… Sinon, seriez-vous en train de le lire? Oseriezvous
prétendre que ma signature a dépassé le simple et restreint
cercle familial – qui se limite à ma mère, ma soeur ne me lisant
pas et mon père me jugeant moins drôle qu’Oskar Freysinger, ce
que je prends pour un compliment, merci papa UDC. Soyons
honnêtes, ce titre est bon, et c’est pour cette raison que vous
me lisez. Seulement, vous êtes comme tout le monde, on vous
donne la main, vous voulez le bras. Le titre ne vous suffit pas,
vous voulez que toute la chronique ait un sens. Très bien, alors
mettons que vous ayez toujours eu la fibre artistique. Durant
toute votre adolescence, l’assistante sociale de votre quartier
vous a réservé une des dix touches mémoire de son téléphone,
eh bien, à l’heure qu’il est, vous êtes certainement un artiste
international et vous ne me lisez pas. En revanche, si, au même
âge, vous étiez premier de classe, évidemment molesté par les
plus forts, que vous avez ensuite demandé des bourses pour
faire de longues études, décroché la subvention qui vous a
décidé d'entrer de plain-pied dans le secteur culturel, vous êtes
également artiste, mais toujours en Suisse, romande de surcroît,
et vous me traitez d’abruti. C’est un honneur pour moi qui vous
dédie deux fois par mois cette chronique.
On a donc pu en entendre parler ces derniers temps:
Les régles du jeu de Pierre Morath et Nicholas Peart
Un documentaire suisse sur des hockeyeurs genevois. ET
ALORS? Ça parle quasiment anglais du début à la fin.
Sudoku
Remplace le traditionnel mot croisé, lui-même déjà supplanté à
l’époque par le mot fléché. ET ALORS? Méfiance, le sudoku est
un ennemi de la culture. C’est à cause de lui que les Romands ne
vont plus voir les spectacles. C’est bien sûr totalement faux,
mais certains metteurs en scène disent bien que, si personne ne
va les voir, c’est la faute au manque de moyens.
Les Peutch
Des articles tous les jours dans Le Matin pendant deux semaines
entières ont permis à mes amis des Peutch de faire savoir qu’ils
jouaient au Théâtre Eldorado de Lausanne jusqu’à la fin du mois
d’octobre. ET ALORS? Moi, en tout cas, je refuse de pistonner qui
que ce soit.
Comptoir de Martigny
Au hit-parade des manifestations culturelles les plus fréquentées,
après Miss Suisse et le Comptoir suisse, voici qu’arrive, en
troisième position, le toujours très avant-gardiste Comptoir de
Martigny. ET ALORS? Quand François Rochaix ne met pas en
scène, il y a toujours beaucoup de monde.
Théâtre de Carouge
Cinq cent mille francs de subvention en moins pour le théâtre
genevois. ET ALORS? Soyons extrêmement vigilants, toute
manifestation populaire romande est désormais potentiellement
une cible pour le metteur en scène.
Harry Potter et le Prince de sang mêlé de J.K.Rowling
C’est en lisant les aventures du jeune sorcier qu’on se rend
compte, livre après livre, de l’immense talent de J.R.R. Tolkien,
écrivain incroyablement précoce. ET ALORS? Quarante avant ans
avant J.K. Rowling, il avait déjà écrit Harry Potter.
Snow white de Samir
Un film suisse pour les jeunes. Presque entièrement situé dans
les milieux branchés zurichois avec, comme interprète masculin
principal, le chanteur de Sens Unik, Carlos Léal. Snow White
reçoit une critique incendiaire de la presse romande unanime. ET
ALORS? Courez le voir, ça doit être un excellent film.
Pour conclure, voici à nouveau notre brillant, plaisant et
désormais coutumier jeu concours. En repartant du haut de la
page, relis cette chronique, mais, cette fois-ci, saute un mot sur
deux. Tu découvriras alors que, toi aussi, tu es capable de lire du
Jacques Chessex.