Girouette, l’Eglise protestante?
Elle avait licencié des pasteurs, voilà qu'elle en réengage! Les
voies de l'Eglise protestante genevoise sont impénétrables.
TEXTE: BÉATRICE GUELPA
Vous ne savez pas la dernière? Après avoir licencié cinq pasteurs
et mis une demi-douzaine d’entre eux à la retraite anticipée au
31 mars, voici que l’Eglise protestante s’aperçoit que certaines
de ses paroisses sont en friche, abandonnées, faute de
personnel! En juin 2004, au moment de trancher dans le vif, elle
avait fait ses calculs sans compter les départs volontaires…
Résultat, les 65 pasteurs qui se partagent 58 postes à travers le
canton (7,5 millions de masse salariale) n’arrivent plus à faire
face. Et donc? L’Eglise s’apprête à… réengager! Evidemment, à
moins d’un mois du lancement de la nouvelle campagne de dons,
la pilule est difficile à faire passer. Et, à la direction, on est plutôt
emprunté. «Nous sommes en train de revoir toute notre politique
de ressources humaines...» «Depuis le 1er juillet, nous avons une
nouvelle direction, une nouvelle organisation. Il y a une reprise
en main plus efficace de la gestion, plus en phase avec la
réalité.» Alors? Oui, non, oui. Oui! «Nous pensons effectivement
à réengager des gens», confirme finalement, mal à l’aise, le
nouveau directeur, Jean Biondina. Combien de personnes?
«Plusieurs», poursuit, sibyllin, l’ancien pasteur de Plan-les-
Ouates, soumis à rude épreuve. Au final, les «réengagements»
ne devraient pas dépasser le poste et demi à pourvoir, pas de
quoi fouetter un chat calviniste, mais ce n’est pas tout. Les
prochains heureux élus se verront gratifiés d’un contrat à durée
déterminée! Un an de boulot assuré, après, ciao. A quand le culte
sur appel? Pour être juste, il faut préciser que Jean Biondina
n’apprécie guère cette «précarité». «J’hérite de cette situation et
je dois la gérer… comme Couchepin hérite des dossiers de Ruth
Dreifuss», lance-t-il. «Le Consistoire exige des comptes
équilibrés, nous sommes donc contraints de travailler sur le court
terme.» Ce qui, il en convient, n’est pas forcément raisonnable
lorsque la mission est de promettre l’éternité. Comment et quand
la nouvelle sera-t-elle annoncée? Les postes seront-ils proposés
en priorité aux pasteurs licenciés? Le directeur préfère se
taire.«Licencier des gens puis en réengager, c’est nouveau pour
nous. Il y a des personnes blessées, certaines ont été touchées
dans leur vocation. Cette fois, nous voulons construire l’avenir en
étant sûrs de ce qu’on fait. Les mots ont un effet, on est payé
pour le savoir!» Amen.