Felix Gutzwiller, le capitulard
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Felix Gutzwiller, il m’est impossible de te parler
d’amour, il m’est du reste difficile de te parler tout
court. Président du groupe parlementaire radical
aux Chambres, tu as voté et fait voter tes spectres
hélas disciplinés en faveur d’un durcissement de la
loi sur l’asile et, dans la foulée, dans le sens d’un
renforcement de la loi sur les étrangers. C’est
indigne et stupide, c’est indigne de la Suisse. C’est
indigne des radicaux. Tu es indigne.
Depuis 1970 et la première initiative
Schwarzenbach, la Suisse n’a jamais cessé de
durcir sa législation sur les étrangers, toujours avec
le même argument: il y a trop d’étrangers ici et il
faut éviter les abus dans l’asile. Voilà donc trentecinq
ans que ça durerait, qu’il y aurait trop
d’étrangers ici et qu’il faudrait éviter les abus dans
l’asile et voilà donc tente-cinq ans que les
nouvelles lois nouvellement durcies devraient enfin
permettre de régler ce problème?
A l’automne 2005, voilà Felix que tu nous sers le
même refrain et avec le même entrain. Conclusion:
ou bien toi et les tiens vous mentez ou bien vous
êtes incompétents. Je crois que vous mentez et je
crois que vous êtes incompétents. La loi que vous
avez votée ne règle rien, elle crée même des abus
en favorisant les faux requérants munis de papiers
d’identité.
Je crois aussi que vous savez que vous mentez et
que vous pensez être compétents. Je crois en
réalité à un calcul de votre part: il s’agit
aujourd’hui d’être plus xénophobe que l’UDC pour
éviter les dégâts d’une victoire nationale-populiste
aux prochaines élections. En somme, pour toi et les
tiens, Felix, Pétain avait raison: soyons capitulards,
raflons pour éviter d’être raflés, collaborons pour
éviter d’être écrasés.
La dignité d’être un homme, Felix, c’est de résister,
de se tenir droit, de ne pas plier face aux
exigences de justice et d’équité. Tu as plié, Felix,
les radicaux ont plié avec toi, les démocrateschrétiens
aussi (mais ça ne surprend personne). La
Suisse probablement pliera derrière vous.
Je pleure déjà ton silence, Felix, et celui de tous
ceux qui t’ont suivi, quand vos petits-enfants vous
demanderont: «Qui a résisté?»