BRIBES D'AUDIENCE

Etre nazi ou ne pas être...

Scène époustouflante dans un tribunal de police romand

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

La présidente: Monsieur W. vous avez été entendu par la police au
sujet du tract publié sur l'internet par monsieur B. contre qui vous
avez déposé plainte. On va donc reprendre ces points l'un après
l'autre. Il s'agit de déterminer si oui ou non il y a diffamation dans la
publication des qualificatifs «néonazi» et «SS». Vous êtes donc
militant d'extrême droite...
Le plaignant de la partie civile: «Militant de l'extrême droite», c'est
une étiquette que je réfute. Mais si vous voulez que je vous expose
mes positions politiques, je peux le faire: j'ai été élu conseiller général
pour le Front national dans le département de l'Ain.
Démocratiquement élu, je précise.
Avocat de la défense: Hitler aussi a été démocratiquement élu.
La présidente: Vous avez dit à la police que vous étiez un proche de
Jean-Marie Le Pen et que vous vous occupiez de sa gestion de
fortune.
Le plaignant: C'est délicat à dire, madame la présidente, dans ma
position. Mais je peux vous dire que non, je suis simplement
responsable du préfet, ce qui implique une certaine proximité:
monsieur Le Pen est mon président, de là à dire que je suis intime! Je
suis son préfet, voilà tout. Pour le Front national de l'Ain. Mettez
«préfet» entre guillemet, madame la présidente.
La présidente: Vous n'êtes pas son ami intime.
Le plaignant: Je ne l'ai reçu qu'une fois...
La présidente: Il est dit que vous avez été militant du Nouvel ordre
social, un groupuscule néonazi genevois.
Le plaignant: Oh! Ça doit bien faire trente-trois ans! J'étais au Collège
Calvin, nous étions un groupe de collégiens militaristes. A l'époque,
nous étions des pionniers, puisque nous préconisions la chute du
communisme. On disait l'Europe aux Européens, ni au trust ni à
l'URSS! Les événements nous ont donné raison. Le groupe a été
fondé le jour de mon anniversaire... Et puis, on avait fait des petits
autocollants carrés comme ça, avec deux têtes de mort, l'une avec un
dollar et l'autre avec une faucille et on disait: «L'Europe au
Européens!».
La présidente: Vous contestez que c'était un groupe néonazi?
Le plaignant: Oui, tout à fait. J'ai un grand-père italien, madame la
présidente, qui s'est installé ici à l'âge de 12 ans. Il était menuisier et
donateur pour un orphelinat. Il a refusé que l'argent de cet orphelinat
soit rapatrié en Italie au Gouvernement mussolinien. Il s'y est opposé.
Il a reçu un petit cercueil des fascistes. Il a même été arrêté quand il
est rentré en Italie.
La présidente: Vous ne vous qualifiez donc pas comme le leader des
néonazis romands?
Le plaignant: Non, pas du tout. Nous avons les mêmes conceptions,
mais nous sommes de sensibilités différentes si vous voulez. Je suis
moi-même plutôt catholique traditionnel.
La présidente (à l'avocat de la défense): Maître, je vous laisse poser
vos questions. (...)
L'avocat de la défense: Dans un article de la presse, il est dit que
vous êtes partisan d'une idéologie conservatrice et nationaliste. C'est
juste?
Le plaignant: Je n'ai pas à recevoir un diktat de l'avocat de la défense
sur mes pensées politiques. Je les ai exposées. Je ne vais quand
même pas entrer dans un débat doctrinal. Toutes mes idées sont
exprimées dans l'ouvrage Les 300 mesures du Front national – dont
je vous recommande la lecture, maître. Pour résumer en deux mots,
je suis suis d'un mouvement nationaliste qui favorise la préférence
nationale.
L'avocat de la partie civile: Pfff... C'est vrai, on ne va pas faire un
débat politique sur le Front national tout l'après-midi! Il s'agit ici de
faire la preuve de la vérité sur deux qualificatifs utilisés dans le tract:
«néofasciste» et «SS».
L'avocat de la défense: Mais, comme le dictionnaire de la langue
française n'est pas clair sur ces termes et que les SS eux-mêmes se
distanciaient du qualificatif «néofasciste», il me paraît important de
les élucider. (...) Dans un autre article, il est dit que vous êtes pour la
peine de mort, c'est juste?
Le plaignant: Je ne réponds pas. Je vous renvoie aux 300 mesures.
L'avocat de la défense: Vous êtes qualifié de militant d'extrême
droite...
Le plaignant: Le Front national réfute l'étiquette d'extrême droite.
C'est le journal Le Monde qui dit toujours ça. C'est la méthode
communiste d'appeler les choses contre leurs ennemis.
L'avocat de la défense: Mais vous êtes pour la peine de mort?
L'avocat de la partie civile: Madame la présidente, je tiens à préciser
que de nombreux partis de droite royalistes en France sont pour la
peine de mort et l'ensemble de l'islam aussi est pour la peine de
mort.
Le plaignant: Eh bien, oui, je le suis en cas de crimes graves, comme
les enlèvements d'enfants, le viol, le trafic de drogue et les crimes
contre la police. Et je vous rappelle que Thomas d'Aquain aussi l'était.
Il disait que c'était le seul moyen pour l'homme de retrouver sa
dignité d'homme.
L'avocat de la défense: Oui, au paradis, j'imagine...
Le plaignant: Pas au paradis communiste, en tout cas.

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