CE QUE JEAN DIT

«J'aime pas le poulet»

TEXTE: DENIS MAILLEFER

Ce que je voudrais dire, dit JEAN, c'est qu'on n'est pas
obligés de manger du poulet, hein? Ce que je voudrais
dire, c'est qu'on n'est pas obligés de toucher des
canards (les poulettes suffisent, ah, ah), qu'on n'est pas
forcés de déplumer des volatiles, qu'on est pas tenus
de faire des vacances en Asie, moi par exemple je suis
allé une fois en course de contemporains à Bangkok,
avant le tsunami bien sûr, eh ben une fois ça m'a suffit,
faisait trop chaud, leur bière c'est de la pisse, les
temples t'en as vu un t'en as vu dix, y a même pas de
vin, en tout cas c'était comme ça à l'époque, pis
question petites jeunettes à qui tu donnes quelques
baths, ben mainant je peux bien l'avouer, j'ai même pas
osé y aller même si au retour j'ai fait mon malin en
racontant des essploits fabuleux à propos de la douceur
des petites Thaïlandaises, mais en réalité, bernique, ma
quéquette m'avait servi qu'à pisser, et encore,
difficilement, puisque j'avais des petits soucis de
prostate à ce moment-là. Donc tout ça pour dire que la
grippe aviaire y suffit de pas y penser, de faire un peu
gaffe où tu traînes tes guêtres, de rester un peu chez
soi. Moi en plus j'aime pas tant que ça le poulet,
le canard la dinde tous ces volatiles. Je trouve que c'est
soit trop cuit soit pas assez et là alors même sans
grippe t'es bon pour ramasser des salmonelles qui sont
la pire des saloperies, ça m'est arrivé une fois à l'armée
avec un fourrier qui avait de cuistot que le nom, eh ben
j'ai fait la marche des 50 kilomètres en m'arrêtant à
chaque borne pour baisser mes culottes, et on était en
manoeuvres dans le Mittelland pas loin d'Aarberg, pas
un arbre à la ronde, et va essayer de te planquer
derrière une salade pour te soulager. Donc moi je
voyage pas, je voyage d'ailleurs quasi jamais, je mange
du porc suisse, parfois de boeuf mais ça a moins de
goût, et comme ça je crains rien. Et qu'on compte pas
sur moi pour donner du pognon à la chimie bâloise en
achetant du Tamiflou en avance. Je reste à mes
habitudes: viande locale, un peu de légumes mais pas
trop, une pomme du soir pour la pêche du matin, un
peu de pinot dans le cornet, un caoua à midi, rien le
soir, et que les poulets avariés passent leur chemin.

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