DEUX MOTS ET J'ARRĘTE

Radovan Karadzic, les vers à serbes

TEXTE: THIERRY MEURY

On a connu bien des poètes qui se sont fourvoyés:
des Céline, des Aragon qui, consentants ou
aveuglés, ont parfois légitimé la barbarie, les
crimes de masse.
Mais de là à être les commanditaires de telles
atrocités, il y a tout de même un pas. Un pas
franchi allégrement, poésie au vent, par le
désormais célèbre écrivain et criminel de guerre
serbe Radovan Karadzic, dont le dernier recueil
vient d’être publié et présenté au monde entier par
quelques admirateurs forcenés de ce bourreau,
toujours recherché.
Et le plus inquiétant dans cette affaire n’est pas
tellement que le précité continue de narguer le
Tribunal pénal international et tous ceux qui
aspirent à ce que justice soit faite, mais bien plutôt
que, crimes commis et reconnus, certains
nationalistes revendiquent encore leur
attachement au poète des Balkans.
L’épuration ethnique serait-elle donc un haut fait
d’armes? Les massacres de femmes, d’enfants
seraient–ils donc des «exploits» guerriers que les
«héros» pourraient arborer fièrement à la
boutonnière? Le plus bête, le plus monstrueux des
sentiments, le nationalisme, ne recule donc jamais?
A l’heure où certains constatent amèrement
l’échec programmé de Dayton, il y a
malheureusement fort à parier que si, demain,
pareille guerre devait recommencer, les bouchers
ne manqueraient pas d’y apporter à nouveau leur
petite touche «poétique»…
J’imagine bien Karadzic, tel Néron devant Rome en
flammes, surplombant un charnier de Srebrenica,
écrire ses vers en comptant le nombre de pieds…

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