Claude-André Fardel et son vide
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Claude-André Fardel, mon amour, mon infidèle, mon droitier, je
n’aime pas ta façon de faire de la politique parce que j’aime la
politique et que tu n’en fais pas; je n’aime pas ta façon d’être
radical parce que j’aime les radicaux et que tu ne l’es pas, ou si
peu; je n’aime pas ta logique udécéo-libéralisante parce que
j’aime la logique et que tu n’en as pas. Reprenons dans l’ordre,
veux-tu infidèle? Et parlons de toi et de tes adultérines
tentations: je te lis, Claude-André, ou plutôt je lis les mots de ton
conseiller politique. Soit dit en passant, un président de parti qui
s’adjoint les services d’un conseiller politique, c’est comme un
pigeon équipé d’un GPS et volant dans la mauvaise direction.
Hélas, je crains que tu ne sois tout à la fois le pigeon et la
mauvaise direction.
Pour toi donc, Claude-André, le Parti radical doit être plus lisible
et s’inscrire, pour y parvenir, dans la ligne d’une droite définie
comme «ouverte, modérée, moderne, progressiste, raisonnable,
éclairée…» Toi et ton nègre, Claude-André, vous avez oublié le
vocable «généreuse» dans votre incroyable fatras d’idées reçues
et creuses sur la droite moderne et radicale.
Il est vrai que, avec tes positions sur l’asile, il devient difficile de
parler de générosité comme de solidarité. Il est certain aussi que
le libéralisme fiscal que tu prônes contre ton élu au
gouvernement, Pascal Broulis, a déjà fait ses preuves: c’est ainsi
que Charles Favre a mis les radicaux vaudois et leur canton en
faillite… quand Broulis, lui, le relève doucement et sans heurts.
Il faut croire que le talent n’est pas où tu le vois et que le
radicalisme n’est pas où tu le places. La mission des radicaux est
de rendre ce pays gouvernable et vivable, Claude-André, pas de
s’arc-bouter sur des idéologies de droite dure et complètement
figée. Quand l’UDC et le PS mentent en faisant passer leurs
intérêts particuliers pour l’intérêt général, les radicaux doivent
tisser des liens entre l’économie et le social, entre le libéralisme
et l’arbitrage nécessaire de l’Etat, entre la droite enfin et la
gauche. C’est là, Claude-André, la seule spécificité radicale et, si
le parti devait être lisible, ce serait ainsi.
Las, je te lis justement, Claude-André, et je lis ton nègre: vous ne
ressemblez pas aux radicaux et vous ne ressemblez pas non plus
à ceux auxquels vous voulez ressembler. En réalité, vos mots
sont illisibles et vos idées ne sont pas de droite.
Elles sont vides.