Longue vie aux cornichons
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Sûr qu’ils vont le prendre mal, ceux du Mouvement citoyens
genevois (MCG), sûr qu’ils vont critiquer mon choix. Je répondrai
simplement que les futurs siégeant sont parfaitement
représentatifs de ceux qui les ont élus et que mon choix culinaire
justement s’adresse à tous les élus et sympathisants de ce mou
mouvement: je demande du coup quelques coups de trique pour
ces tricards et une ovation debout pour le condiment qui les
représente le mieux et qui, pourtant, ne mérite pas pareille
avanie, j’ai nommé l’incontournable cornichon.
Au passage, et pour cultiver ceux qui doivent l’être, je
mentionne en aparté cette anecdote: l’Ecole militaire française
de Saint-Cyr, qui forme les officiers de la Grande Muette,
s’appelle La Corniche. Ses élèves – futurs généraux et amiraux –
portent donc fièrement le savoureux sobriquet de «cornichons».
Sobriquet qu’ils s’efforcent de justifier dans l’exercice quotidien
de leur fonction et qui nous vaut cette fameuse citation de Victor
Hugo (Totor pour les intimes): «Demain, dès l’aube, à l’heure où
blanchit la campagne, je partirai, accompagné de cornichons
téméraires, vaillants et verts janissaires au front ceint des
lauriers amers d’une gloire espérée.»
C’était notre minute culturelle et nous revenons au maudit MCG
et à ces charmants cornichons.
La recette
Les cornichons en caracois (ce sont de petits escargots
alentéjans et ça se dit caracô-ich)
A noter que, dans leur grande majorité, les cornichons finissent
leurs jours dans le vinaigre ou la saumure après une courte vie
au jardin. Certes, au MCG, on réussit l’exploit d’être à la fois le
cornichon et la saumure, mais là n’est pas le propos. Une chose
est sûre, jamais nous ne mangeons les cornichons chauds, et on
a tort! Qui n’a jamais dégusté de cornichons chauds sauce
poulette ne mesure pas ce qu’est une véritable émotion. Mais
revenons à nos coloquintes, cucurbitacées et autres pauvres
cornichons. Les caracois sont le tea time des alentéjans. La
cuisson de ces escargots miniatures est immuablement faite
dans un court-bouillon bien serré, composé de laurier (3 feuilles)
d’origan, d’ail (4 dents) et de sel, le tout pour ½ litre d’eau,
bouillie quinze minutes et retirée du feu au moment d’y plonger
les caracois.
Notre plat du jour sera donc fait de petits cornichons du matin
(qui n’effraient pas le pèlerin) qu’on aura nettoyés en les
brassant dans du gros sel, puis lavés et séchés. Attention, avis
exclusif à l’usage de l’électorat genevois: il faut absolument
éviter les cornichons qui rappellent les limaces par un profil
inexpressif et un positionnement inexprimable. Bref, une fois vos
cornichons d’élection triés et réunis, plongez-les dans le bouillon
préparé comme pour les caracois. Chauffez à couvert, car les
cornichons ne doivent pas rester verts, mais devenir vert-jaune,
comme les caracois. Cuisez le tout huit minutes, doucement,
tout doucement. Servez chaud. Le cornichon doit être résistant
mais non rigide (tout l’inverse du MCG, en somme), fondant mais
non mou, noble mais sans être arrogant. Utilisez une fourchette
de petite taille (une fourchette à escargot), signe de
reconnaissance des gastropodophages et consommez sur une
terrasse, en regardant passer la dépouille de la démocratie et en
criant tour à tour: «Mort au MCG» et «Longue vie aux
cornichons».