Fisc neuchâtelois: le délire général
TEXTE: ALICE DE MARVAL
Impôt sur les grandes fortunes qui ressemble plus à une
entourloupe qu’à une réelle mesure de solidarité, coup de sang
sur les arriérés d’impôts plus proche du populisme blochérien
que d’une saine gestion de l’Etat, confusion mentale qui confine
à l’escroquerie intellectuelle quant à l’usage de l’or excédentaire
de la BNS: la gauche nouvellement majoritaire dans le canton de
Neuchâtel est en train de saborder le navire Etat sous l’oeil
complice d’une droite muette, docile, servile et d’une presse
écrite régionale complaisante qu’on surnomme désormais la
Pravda, allez savoir pourquoi.
Le problème? Il vient d’un mécanisme exigeant de frein aux
dépenses et d’un déficit abyssal et structurel qui, même après
des coupes de 120 millions de francs, porte le déficit prévu pour
2006 à quelque 40 millions. Pris à la gorge, le canton déprime, et
ses autorités délirent. Petit tour d’horizon.
Impôt sur les grandes fortunes? Le piège à pauvres
A Neuchâtel, on peut être taxé sur sa grande fortune tout en
étant au bénéfice des prestations complémentaires de l’AVS,
faute de moyens suffisants pour vivre. Comment? Le canton et
son grand argentier, le socialiste Jean Studer, ont concocté une
mouture d’impôt de solidarité des grandes fortunes qui taxe les
personnes seules dès une fortune de 250 000 francs et les
couples dès 450 000 francs. Petit exemple fictif: Adèle Dumollet
est la veuve du facteur de Sauges. En 1923, le couple s’est
acheté à crédit un tout petit logement qu’il a scrupuleusement
fini de rembourser après septante ans d’efforts. La rente AVS
d’Adèle ne lui suffit aujourd’hui pas pour vivre, mais sa maison
vaut bien plus que les 250 000 francs fatidiques. L’an prochain,
elle devra donc s’acquitter d’un impôt sur les grandes fortunes.
Maigre impôt sans doute, mais, dans un canton qui a vu fuir en
masse les vraies grandes fortunes (on parle de 50 départs en
moins d’un an…), et dont le ministre des Finances déclarait
naguère encore – comme avocat et conseiller aux Etats – un
revenu imposable de moins de 30 000 francs, il ne reste bientôt
plus que les petites gens pour payer.
Et la droite opine lâchement.
Or de la BNS? Le mensonge cosmétique
Le canton de Neuchâtel a touché sa part de l’or de la BNS:
environ 420 millions. Devant une situation financière dramatique
et surtout face à une dette abyssale, l’usage de cet argent n’a
malheureusement pas fait un pli: il doit intégralement servir au
remboursement de la dette. Le Conseil d’Etat s’y est engagé.
Mais les dépenses courantes de l’Etat n’étant pas assurées, une
partie du produit de cet or sera finalement affecté au budget des
deux prochaines années. Explication des autorités: si nous
n’utilisions pas cet manne pour nos dépenses courantes, nous
devrions emprunter de l’argent, ce qui creuserait encore la
dette. En utilisant cette rentrée financière extraordinaire, nous
évitons d’emprunter et, donc, nous remboursons indirectement
notre dette. C.Q.F.D.
En somme, Neuchâtel est le seul Etat du monde endetté d’un
milliard et demi et qui ne rembourse que les dettes qu’il n’a pas
encore faites, sous prétexte de ne pas devoir rembourser après
ce qu’il n’a pas emprunté aujourd’hui. Fort, très fort. Et la droite
murmure à peine.
Arriérés d’impôts? L’Etat, c’est moi!
Ce n’est, dans la République, plus qu’un secret de Polichinelle: le
Service des contributions dysfonctionne complètement depuis
plusieurs années. Estimations complètement
abracadabrantesques, taxations fantaisistes ou non conformes à
la législation, oublis et retards sont monnaie courante dans ledit
service. C’est embêtant, parce que la responsabilité de ce
service est lourdement engagée face à des arriérés d’impôts qui
atteignent quelque 170 millions de francs dans le canton. Le
Conseil d’Etat lance une chasse aux sorcières et menace de
dénoncer à demi les retardataires lorsqu’ils sont députés et de
les licencier lorsqu’ils sont fonctionnaires. Les autres, simples
pékins, devraient se voir infliger des intérêts de 10% pour leurs
retards. Ce que l’Etat ne dit pas, c’est, d’une part, que ces
arriérés ne changent rien ou presque à sa situation financière; ce
que l’Etat dit en revanche, c’est qu’il appréciera les situations
des contribuables retardataires au coup par coup. En clair, un
retard dû à un divorce ne sera pas puni, un retard dû à des
vacances le sera. Sûr qu’il y a là de quoi désengorger le Service
des contributions. Quant à l’arbitraire des décisions et à
l’inversion des pouvoirs (ce sont les fonctionnaires qui contrôlent
le Grand Conseil et non plus le Grand Conseil qui contrôle les
fonctionnaires…) personne ne semble s’en préoccuper. Et la
droite soupire à peine.
Et tout le reste!
Elle ne dit rien non plus, la droite, lorsqu’on menace de
transférer les charges tantôt sur les communes – endettées,
comme l’Etat, de près d’un milliard et demi – ou sur les tranches
de population déjà lourdement grevées, familles en tête.
Bizarre: personne ne s’étonne encore de voir le popiste de la
Reussille porté en élection par plus de 25% des suffrages. Cela
s’explique pourtant: il est parvenu à redresser les finances de sa
ville, Le Locle, sans mensonges, sans heurts, sans arbitraire.
Qu’on se le dise: désormais, à Neuchâtel, seuls les communistes
semblent aptes à gouverner.