Tous unis dans la pub!
Dans sa campagne d'affichage, le comité en faveur de la loi sur le
travail fait la part belle au Matin.
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN
Vous avez vu la dernière pub du Matin Dimanche? Une ancienne Miss
Suisse a le journal dans la main, sourire aux lèvres. Et vous avez vu la
dernière pub des CFF? Une ancienne Miss Suisse s'apprête à prendre
son train devant l'enseigne Rail City, sourire aux lèvres. Et la pub du
comité en faveur de la loi sur le travail? Une ancienne Miss Suisse, Le
Matin Dimanche dans la main qui pose dans une gare CFF juste audessous
de l'enseigne Rail City, le sourire aux lèvres... Eh oui. Vous
connaissiez les shampooings 2 en 1: grâce aux prochaines votations
fédérales, découvrez la pub 3 en 1! Quel est donc le secret qui lie Le
Matin Dimanche aux CFF et au comité pour la loi sur le travail?
Un homme d'abord. Pesche Mertz, ancien responsable marketing aux
CFF, encore actif sur le marché publicitaire, surtout quand il s'agit de
politique. L'homme compte à son actif plusieurs victoires de votations
dont il avait réalisé les campagnes. Pesche Mertz a donc été mandaté
avec Gregor Rutz, de l'UDC, et Martin Schläpfer, directeur de la
politique économique de Migros, pour réaliser la campagne du comité
«Oui à la loi sur le travail». Un comité qui rassemble des partis
bourgeois (UDC, PRD, PDC), mais aussi les plus grandes marques du
pays, Migros et Coop en tête: «Ce sont ces entreprises qui ont financé
la campagne.» Au moment où le feu vert est donné pour la réalisation
de la campagne, Pesche Merz est au courant du deal entre les CFF et
Le Matin Bleu (non l'orange) pour la distribution du nouveau gratuit
en Suisse romande. Il en profite. Comme Le Matin Bleu n'existait pas
encore, c'est son frère orange mais du dimanche qui pose pour la
photo.
Bingo donc pour le comité. D'abord, il obtient l'autorisation des CFF
de réaliser la pub dans les gares, ce qui lui permet de valoriser son
slogan «Oui à des gares animées» et d'associer à sa cause des
marques importantes du pays. Deuxièmement, il bénéficie
«d'emplacements publicitaires gratuits dans Le Matin Bleu dès sa
parution», affirme Pesche Merz, en échange de la visibilité offerte au
Matin orange. Pour les CFF aussi, c'est une affaire qui roule.
L'enseigne Rail City est largement visible sur l'affiche, et ce
gratuitement. Son porte-parole, Jean-Philippe Schmid, est
catégorique: «Nous n'avons pas injecté d'argent. Il s'agit simplement
d'une contre-affaire.»
Finalement, celui qui jubile le plus dans l'histoire, ce ne serait pas Le
Matin Dimanche? Le directeur de la publication, Théo Bouchat,
commente: «Il s'agit d'un deal classique. Le comité nous a demandé
l'autorisation d'utiliser Le Matin sur son affiche, nous avons dit oui. Il
nous a demandé si nous serions d'accord de participer au
financement, nous avons répondu non. A défaut de les payer, nous
avons simplement fait un contrat échange.» Et ,lorsqu'on laisse
entendre que Le Matin Bleu, plutôt lésé dans l'affaire, a encore
beaucoup à apprendre de son grand frère, le papa se refuse à tout
favoritisme. «Il n'y a pas de distinction par titre, explique en effet
Théo Bouchat. C'est le groupe Matin qui offre un espace publicitaire.»
Moralité: bleu ou orange, à la fin, c'est toujours Le Matin qui gagne.